<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom" ><generator uri="https://jekyllrb.com/" version="4.4.1">Jekyll</generator><link href="/feed.xml" rel="self" type="application/atom+xml" /><link href="/" rel="alternate" type="text/html" /><updated>2025-11-10T21:14:04+00:00</updated><id>/feed.xml</id><title type="html">Existential Chris</title><subtitle>un farfouillis perso</subtitle><author><name>Chris</name></author><entry><title type="html">Rétrospective 2025</title><link href="/retrospective-2025" rel="alternate" type="text/html" title="Rétrospective 2025" /><published>2025-11-10T00:00:00+00:00</published><updated>2025-11-10T00:00:00+00:00</updated><id>/retrospective-2025</id><content type="html" xml:base="/retrospective-2025"><![CDATA[<p>
Un regard en arrière sur 2025 touche bientôt à sa fin.<br />
</p>

<p>
Si 2024 était l'année du Big Bang, celle de la destruction et du chaos, 2025 fut celle du Printemps, du renouveau et du changement. La perte d'un être cher, un changement de vie plus tard, et j'ai l'impression d'avoir une seconde vie bonus.<br />
</p>
<div id="outline-container-org241e51a" class="outline-2">
<h2 id="org241e51a">Le blog</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org241e51a">
<p>
J'ai écrit de temps en temps pour publier, quand l'envie m'en prenait. Je ne sais pas encore la direction que doit prendre mon site : quelque chose de purement personnel, sans attente extérieure mais avec la question "Qui va lire ça ?" ; une vitrine de mes quelques maigres projets d'écriture ; parfois des synthèses de mes recherches, préoccupations.<br />
</p>

<p>
J'ai déjà ma réponse, mais je me demande quand même "Qui va lire ça ?" alors que je ne cherche pas à avoir une audience.<br />
</p>

<p>
Quand j'ai commencé mon site, je n'avais pas vraiment d'ambition pour lui, c'était plus une façon d'aller jusqu'au bout d'un projet pour bien faire les choses, comme mettre une porcelaine en valeur sur une étagère.<br />
J'avais peur de partager ce que j'avais écrit, parce que "Qui veut lire ça ?" sans savoir vraiment où commence le voyeurisme. Pour qu'un texte soit beau, il faut qu'il soit sincère, et les vérités sont souvent intimes ; quand on a un regard perçant sur soi, la question est plutôt à quelle profondeur de vérité on s'arrête pour aujourd'hui.<br />
Finalement, je me surprends à envoyer Existential Chris quand je reprends contact avec des personnes dont je n'ai pas de nouvelles depuis plus de 10 ans, quand je crée un contact avec des inconnus, que parfois je partage un ou deux articles comme des outils tout prêts pour présenter mon regard sur les choses. C'est drôle, l'effet que ça a. Je vois que ça crée du lien, et que l'intimité que je redoutais, au contraire, rend les gens proches de moi, les rassure peut-être un peu. Ça fait un pont entre eux et moi, et je pense qu'ils deviennent plus à même de sentir mes contours, et comprendre ma nature.<br />
</p>

<p>
C'est un sentiment très doux, comme impression. Il n'y a pas besoin de mots, je le vois simplement. Parfois on discute de ce que j'ai écrit, quand quelque chose accroche. C'est peut-être le plus gratifiant dans tout ça. Sans bruit, je me suis attaché à mon site : j'aimerais le rendre visuellement plus personnel, que ça me ressemble un peu plus.<br />
</p>

<p>
Pour autant, j'ai l'impression de n'être capable de parler que de moi, et j'aimerais qu'il en soit autrement. On arrive au grand ennemi de cette époque :<br />
</p>
</div>
</div>
<div id="outline-container-org7c900d3" class="outline-2">
<h2 id="org7c900d3">Mes attentes</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org7c900d3">
<p>
L'arch-nemesis. Que quelqu'un tue mes attentes pour de bon, tout mon malheur vient d'elles.<br />
</p>

<blockquote>
<p>
Le bonheur, c'est la vie moins les attentes.<br />
<b>Quelqu'un</b><br />
</p>
</blockquote>

<p>
Je les reconnais comme l'ennemi à abattre n°1 pour avancer : les attentes tuent mes idées, les attentes me plongent dans la détresse de ce qui ne sera pas, les attentes me frustrent car elles sont INFINIES.<br />
</p>

<p>
L'insatisfaction chronique est mon moteur le plus puissant, je peux toujours aller un peu plus loin, c'est ce qui nourrit ma pratique, c'est ce qui me pousse à toujours progresser, à m'adapter, à comprendre un peu mieux. Le problème, c'est que le truc est un tracteur et que si je ne marche pas au pas, elle me traîne à genoux sur le bitume sans regard en arrière : ça fait mal aux genoux.<br />
Le couple moteur est aussi grand que le prix à payer pour le tracteur, et je continue à négocier pour ne pas avoir à faire un prêt sur mon sourire.<br />
</p>

<p>
C'est ma plus grande bénédiction et malédiction : ça n'est pas prêt de partir, je crois que ça fait partie des murs donc on va continuer à financer l'essence.<br />
</p>

<p>
Les attentes m'amènent à :<br />
</p>
</div>
</div>
<div id="outline-container-org3fc72b9" class="outline-2">
<h2 id="org3fc72b9">Stanley</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org3fc72b9">
<p>
Cette histoire qui traîne, et dont je ne sais pas quoi faire. Je <b>dois</b> la faire pour moi-même, je sens une vertu thérapeutique à explorer mes parts obscures qui ont tristement gagné du terrain cette année.<br />
</p>

<p>
J'ai commencé à écrire régulièrement en août, mais j'ai perdu le mois d'octobre qui a été un trou noir. En reprenant il y a quelques jours des textes corrigés les mois d'avant à retaper sur l'ordinateur, je n'ai pas aimé ce que j'ai lu, j'ai trouvé ça pauvre. Pourtant, au moment où je les ai corrigées, j'aimais ce que j'avais fait.<br />
Ma propre inconstance est difficile à maîtriser, je ne sais pas encore où tracer la limite entre ce qui est réellement à écarter et ce qui est juste un mouvement de pendule temporaire. J'ai ce problème dans la vie aussi, qui me pousse à avoir un délai de réaction face à tout pour éviter de cracher du magma et avoir le temps d'avoir une moyenne de moi-même pour me représenter le mieux possible : attention à qui m'aura spontané.<br />
</p>

<p>
Ce que j'écris ne ressemble à rien, je voulais un récit, je voulais une construction, je voulais de la complexité, et ça n'est rien de tout ça. Je ne sais pas ce que c'est.<br />
C'est étrange comment je n'arrive pas à me détacher de ce qu'on pourra penser de mon texte, alors que je ne sais même pas encore si qui que ce soit le lira à part moi dans cette vie. Je crois que j'arriverais à être content de ces mots et de leurs imperfections, dans la détresse sincère, et tristement simple qu'ils posent. Je dois accepter de n'être "que ça", en ce moment. C'est mon reflet.<br />
</p>

<blockquote>
<p>
"Pour ce qui est de la méthode, elle est certes une chose indispensable, le mieux cependant est de la porter sans cravate ni bretelles, mais en négligé, en déshabillé, comme qui ne s'inquiète ni de la voisine d'en face ni du commissaire du quartier. C'est comme l'éloquence, il en est une spontanée et vibrante, d'un art naturel et enchanteur - et une autre empesée, amidonnée, sans âme."<br />
</p>

<p>
<b>Machado de Assis, Bràs Cubas.</b><br />
Sur la méthode et la façon d'écrire. Ne pas se formaliser des principes pour s'exprimer librement.<br />
</p>
</blockquote>
</div>
</div>
<div id="outline-container-org36eace5" class="outline-2">
<h2 id="org36eace5">Le chant des vagues sur les rochers</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org36eace5">
<p>
Le luxe de pouvoir m'auto-citer en juin 2024, toujours d'actualité :<br />
</p>
<blockquote>
<p>
J'ai l'intuition profonde que ma paix n'aura rien d'un océan calme, mais aura la poésie d'un orage dont les vents chanteront une symphonie qui accompagnera les vagues en fracas sur les rochers. J'ai peur de mon propre feu, je continue d'ouvrir la valve peu à peu, mais ce besoin ne désemplit pas. J'ai l'impression que la faim me consumera toute entière, mais que je mangerai quand même jusqu'à l'écœurement. Je ne sais pas quoi faire de ces vents qui m'agitent en des sens contraires et de mon désir comme une lance au milieu du champ de bataille. Mon engagement est total et absolu dans cette immensité qui me dévore.<br />
<a href="https://existential-chris.com/mon_ame_dechainee_sous_kaleidoscope">Mon âme déchaînée sous kaléidoscope | Existential Chris</a><br />
</p>
</blockquote>

<p>
J'ai commencé à comprendre que je n'ai pas à choisir entre mes désirs contraires. Une combinaison de moi, et du Steppenwolf d'Hermann Hesse : j'apprends à vivre que quoi que je fasse, mon cœur ne sera jamais satisfait. Je n'ai pas à arbitrer, je n'ai pas à choisir une ligne directrice de peur qu'on ne puisse pas me suivre. Les vents souffleront dans un sens, puis dans l'autre la minute d'après : c'est moi.<br />
</p>

<p>
Le désinhibition de ma conscience continue peu à peu : j'apprends à affirmer les vents contraires. Ça me rend incisif sur ce que je veux, et je sais que j'approche de la coupe franche pour trancher dans ma vie.<br />
Je pense que la démoralisation que je ressentais avant venait d'un grand sentiment d'impuissance : si la vie ne laissait pas à portée de bras une opportunité, la vision de cette distance me pesait beaucoup et semblait insurmontable. Je voulais retrouver une capacité d'action, et beaucoup de travail a été fait de ce côté-là.<br />
</p>

<p>
Je me sens mieux et je me suis surpris sur beaucoup de choses cette année, dans le bon sens. Je suis content de moi.<br />
</p>
</div>
</div>
<div id="outline-container-orgbd3a24a" class="outline-2">
<h2 id="orgbd3a24a">L'aspect social</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-orgbd3a24a">
<p>
Je continue à me sentir à l'étroit sans savoir où trouver ce que je recherche. J'ai l'impression d'avoir besoin de contact sans parvenir à supporter le bruit, les échanges, le paraître. Ça me rend agressif, je paye les bars et les évènements les deux jours qui suivent à chaque fois en étant misérable, et je commence à arrêter de faire semblant. C'est là que je me tourne sinistrement vers ma mère qui rentre à 21h00 quand elle sort entre amis le soir. Je sais qu'elle va avoir ce petit ricanement en lisant ça.<br />
</p>

<p>
Je continue à garder de la distance avec les gens de mon âge, la parole est tellement plus facile avec des personnes plus âgées que moi. Je pense que c'est cette tranquillité installée que je recherche avec l'âge : le besoin de prouver, l'intensité du jeu social, et la superficialité de vie sont beaucoup moins fortes, par la force des choses. La vie a eu le temps de donner, et de prendre.<br />
</p>

<p>
Paradoxalement, je me suis découvert social, je suis obligé de l'admettre par l'accumulation des preuves quand je me suis toujours réfléchi l'inverse et difficilement approchable. Ça change totalement la perspective que j'avais de moi-même. Le contact est facile, je vois que tout le monde m'apprécie, mais j'ai besoin du bon environnement pour m'exprimer. Je suis toujours autant un handicapé en groupe, et un tueur en face-à-face.<br />
J'ai retrouvé beaucoup de lumière cette année, et je me vois briller involontairement sur des proches : il y a des sourires dont je me souviendrai longtemps.<br />
</p>

<p>
Je ne me reconnais plus dans certaines personnes de mon entourage ; d'autres très belles rencontres sont apparues par surprise ; une déception immense continue à suivre son cours sans savoir où elle m'amène.<br />
</p>
</div>
</div>
<div id="outline-container-orga2a0a49" class="outline-2">
<h2 id="orga2a0a49">La vie suit son cours</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-orga2a0a49">
<p>
Je reste préoccupé par le fait que la vie avance sans cesse, que la vie, c'est maintenant.<br />
Le retour au célibat ne heurte pas en soi mais questionne toujours en voyant son entourage avancer amoureusement. Je n'ai pas l'habitude d'être "en retard", et l'empressement que ça me laisse est amer tant il est maladroit mais bien concret. Je n'aime pas admettre que je souffre de voir de belles femmes autour de moi, mais c'est la vérité ; l'absence viscérale que je ressens me laisse comme une trace rémanente sur ma peau. Accepter mes vents contraires intensifie, pour le pire, ce ressenti.<br />
</p>
</div>
</div>
<div id="outline-container-org84fffa2" class="outline-2">
<h2 id="org84fffa2">La solitude</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org84fffa2">
<p>
J'ai relu mon tout premier texte en 2021, sur la solitude : <a href="https://existential-chris.com/etre-moi-meme-c-est-etre-seul">Être moi-même, c'est être seul. | Existential Chris</a><br />
</p>

<p>
Je trouve encore le texte très beau, viscéral dans son intensité et difficile à lire tant il est lourd dans son abattement.<br />
Le fond reste là, je continue de m'y reconnaître, mais le vécu qui en découle a beaucoup évolué.<br />
</p>

<p>
Le plus grand changement, je pense, a trait au fait que l'on me comprenne ou non : ça n'a plus tant d'importance. Je pense qu'un grand responsable des maux modernes est le romantisme, dont je découvre peu à peu l'étendue de l'influence dans les relations amoureuses comme amicales. L'idée qu'une personne idéale existe sur Terre pour soi, qui nous comprendra parfaitement naturellement, qui nous acceptera tel que l'on est sans effort, que la rencontrer soit une évidence&#x2026;<br />
</p>

<p>
J'accepte que si l'on se comprend à 60% avec quelqu'un, c'est normal et déjà très bien ; c'est normal d'être déphasé sur plein de choses. Je ne vois plus ça comme un défaut de relation par rapport à un idéal de compréhension parfaite qui serait au sommet de la pyramide ; je les range maintenant plutôt côte à côte, comme différents systèmes avec différents avantages. Je ne suis même plus sûr qu'une compréhension parfaite et fusionnelle soit souhaitable. Les erreurs, les incompréhensions et les difficultés sont autant d'occasions de montrer l'étendue de son affection et sa volonté d'avancer ensemble.<br />
En cela, si l'on accepte que tout ne pourra pas être compris, se pose la question de si tout doit être dit. Cette part d'ombre semble inévitable, et peut-être également souhaitable pour trouver un équilibre. La transparence totale entre deux personnes ressemble à un extrême, et tout extrême est nocif par nature. À accepter des non-dits on ménage une part intime qui permet de s'explorer soi sans subir un besoin d'informer l'autre devenu réflexe, et qui viendra inévitablement brider l'exploration à cause d'un regard extérieur, même bienveillant, qui viendra se poser dessus. C'est un pièce à soi où cultiver ses pensées secrètes dans le respect de l'autre : leur existence est connue, mais leurs contours resteront obscurs. 98% de transparence, 2% de non-dits ? 90%/10% ? Je ne sais pas encore où mettre ce cran, surtout que je ressens encore l'appel du 0% de non-dits.<br />
Pour cela, je regarde avec beaucoup de circonspection la volonté de transparence totale dans certains couples : je pense que l'on pourrait vivre un peu mieux en étant moins absolutistes sur le concept très probablement hérité du romantisme où la fusion des esprits doit être magnifico-giga-absolu-ma-moitié.<br />
</p>

<p>
En fait, j'accepte peu à peu la complexité de la vie et son bordel qui appelle à avoir de la flexibilité morale pour s'adapter au présent. Les règles sont trop rigides, les valeurs aussi ; tout demande à être vécu sur l'instant, il n'y a pas de principe directeur qui puisse s'appliquer partout.<br />
C'est l'acceptation de la subjectivité de la vie et qu'il faut célébrer ça avec un petit peu de souplesse. Ça va à l'encontre d'une envie de transparence, mais la vie n'est pas propre, ni nette. J'accepte d'être aussi faillible que la vie est désordonnée et part dans tous les sens. J'accepte que certaines choses n'ont pas forcément de logique : je peux dire quelque chose, et en faire une autre. Ça arrive.<br />
</p>

<p>
On m'a demandé ce qui était ma plus grande qualité pour moi envers moi-même, j'ai répondu la lucidité mais en rétrospective, je pense que c'est plutôt ma capacité d'évolution : je m'adapterai à tout ce qu'on m'envoie, à part si on m'envoie en boîte.<br />
</p>
</div>
</div>
<div id="outline-container-orge134ef2" class="outline-2">
<h2 id="orge134ef2">La guerre contre les dogmes</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-orge134ef2">
<p>
Je suis toujours en batailles contre les dogmes de société, quels qu'ils soient. Je reviens toujours au fait que chacun devrait faire ses choix à son échelle sans trop se préoccuper de ce qui est demandé par une espèce de puissance invisible et supérieure. Obéir à un grand principe très populaire ou des valeurs bien courantes est probablement un choix de facilité sans que ça ne soit l'issue la plus judicieuse pour soi.<br />
Toute organisation (pays, entreprise, famille&#x2026;) pense à elle-même d'abord.<br />
</p>
</div>
</div>
<div id="outline-container-org64dad62" class="outline-2">
<h2 id="org64dad62">Et pour 2026 ?</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org64dad62">
<p>
Ma situation est "prévue" : je devrais rester où je suis, dans mon poste, et continuer à écrire dans mon temps libre. Je reste en consolidation de ma nouvelle situation de vie, et j'ai encore un peu de temps devant moi avant de commencer à m'y sentir à l'étroit.<br />
</p>

<p>
Je dois continuer la pratique : les mots continuent à m'apporter beaucoup, et je vois leur impact direct dans mes relations. Il vaut mieux écrire 10 minutes chaque jour, que 60 minutes chaque samedi, c'est le plus important à garder en tête pour avancer sur le long-terme.<br />
Je dois réussir à passer le cap et écrire pour moi, quand quelque chose me donne envie de le faire, et retrouver la capacité à jouer, à faire simplement.<br />
Ce qui est intéressant, c'est que le fait d'écrire est installé, maintenant. Ça fait partie de moi.<br />
</p>

<p>
J'aimerais lire plus : je vois ma <a href="https://existential-chris.com/revue-litteraire-2025">Revue littéraire 2025 | Existential Chris</a> et comment mes lectures se sont entremêlées à ma vie pour la nourrir, sont même révélatrices de mes états intimes. Elles sont riches et m'apportent beaucoup intérieurement.<br />
Ce n'est pas le cas d'Internet et toute la lie YouTube et Twitch sur lesquelles je passe encore beaucoup de temps, trop à mon sens, pour ce que ça m'apporte. Ce n'est ni un bon divertissement, ni une source d'inspiration : c'est juste addictif. J'ai passé une semaine sans rien, et la vie semblait étrangement paisible. Les mots viennent tout seul quand on leur laisse l'espace. C'est une expérience qui me fait réfléchir, et je sais que je vais tendre vers ça. Pour moi-même, et pour mieux écrire.<br />
</p>

<p>
J'ai besoin de rencontrer du monde, de trouver une activité ou un milieu qui me permette de passer mon énergie quelque part.<br />
Je dois continuer à être, et à augmenter le volume : j'ai besoin de trouver comment cracher du magma sans brûler, et c'est une intensité difficile à régler. J'ai l'impression qu'il faudra constamment ajuster le critère, ce que je ne souhaite pas pour moi-même.<br />
</p>

<p>
De grands questionnements sur la place de l'argent dans ma vie : je suis passé d'un travail corporate très bien payé mais horrible, à un travail dans la fonction publique très mal payé mais super, dans lequel je suis apprécié et où l'on s'efforce de me valoriser et de me garder.<br />
C'est bien d'aimer son travail, mais l'argent permet tout. Je pense commencer à regarder passivement si des offres apparaissent et pourraient me correspondre, pour chercher un compromis mieux ajusté.<br />
</p>

<p>
Jusqu'à présent, le temps qui passe a toujours amené avec lui de la tranquillité et de l'équilibre dans ma vie. J'aime vieillir, et la direction que ma vie prend. Je me bats toujours avec la culpabilité d'être comme je suis, parce que je pourrais être plus, je pourrais être mieux, je devrais être là : au moins, le décalage avec le monde s'estompe avec le temps. Mes grands principes ont fondu comme neige au soleil, et ce qui semblait la plus haute vertu ressemble maintenant à une certaine immaturité temporaire, le temps que l'esprit mûrisse.<br />
</p>

<p>
J'ai besoin de rester en vie le temps de finir d'écrire cette histoire : pour autant, ça ne me donne pas envie d'aller plus vite et la fainéantise ordinaire me fait toujours sourire parce qu'elle me rappelle que je prends la vie trop au sérieux. Je n'arrive pas encore à rire de ce que je veux vraiment et que je n'aurais peut-être jamais : j'ai l'impression que ça serait manquer de respect à mes désirs, mais je sais que ça viendra, comme le reste. Le temps m'érodera peu à peu, je commencerai à sourire, et le rire que la vie aura voulu pour moi jaillira de lui-même. C'est tout ce que je me souhaite.<br />
</p>
</div>
</div>
<div id="outline-container-orgeb51218" class="outline-2">
<h2 id="orgeb51218">Une poésie de fin</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-orgeb51218">
<p>
Quelques mots écrit sur une plage à Marseille cet été, à regarder le soleil se coucher.<br />
</p>

<blockquote>
<p>
Et juste comme ça<br />
La vie s'est produite<br />
Sous mes yeux.<br />
</p>
</blockquote>

<p>
Ça n'est pas très bon mais c'est comme ça : c'est la vie.<br />
</p>

<p>
J'avais aussi :<br />
</p>

<blockquote>
<p>
Peut-être que c'était les nuages,<br />
Mais en me levant ce matin<br />
J'avais l'impression qu'il n'y avait qu'elle<br />
Qui pouvait me consoler.<br />
</p>
</blockquote>

<p>
Dicté en 10 secondes, qu'on peut intellectualiser avec un gros cigare en disant "Mais tu sais, "Elle" peut représenter une infinité d'émotion", alors que j'ai tapé ça purement pour le style, c'est creux au possible.<br />
</p>

<p>
Mais c'est joli, quand même.<br />
</p>
</div>
</div>]]></content><author><name>Chris</name></author><category term="Blog" /><summary type="html"><![CDATA[Un point d'étape sur la fin d'année 2025.]]></summary></entry><entry><title type="html">Revue littéraire 2025</title><link href="/revue-litteraire-2025" rel="alternate" type="text/html" title="Revue littéraire 2025" /><published>2025-11-10T00:00:00+00:00</published><updated>2025-11-10T00:00:00+00:00</updated><id>/revue-litteraire-2025</id><content type="html" xml:base="/revue-litteraire-2025"><![CDATA[<p>
Je n'ai pas tant lu cette année parce que l'écriture a pris la place de mes moments calmes propices aux attentions prolongées.<br />
</p>

<p>
J'ai continué l'oeuvre de Hermann Hesse, dont Steppenwolf qui a été une révélation. C'est pour ça que je l'aime tant, j'ai l'impression que c'est un partenaire de vie : chaque fois que j'y reviens, je découvre quelque chose de nouveau ; chaque fois que je découvre une grande vérité sur la vie, je remarque qu'Hermann en parle exactement dans la nuance que j'ai tirée pour moi. Je sens que l'on a un fond commun extraordinairement proche.<br />
</p>

<p>
La grande découverte de cette année est Machado de Assis, qui a été une révélation. Je ne savais pas qu'on pouvait écrire comme ça, et il a élargi ce que je pensais être le champ des possibles. On peut écrire de façon décousue, "comme quelqu'un d'ivre", et ça marche. Ça marche très bien même.<br />
</p>

<p>
À lister mes lectures, je me rends compte que j'aime retrouver mes impressions écrites au moment où j'ai fini chaque livre ; les écrire rapidement maintenant, avec le souvenir que ça m'a laissé, c'est un trésor perdu. Je vais prendre le temps de faire ça à l'avenir.<br />
</p>

<p>
Je ne donne pas de notes et je n'évalue pas la qualité "technique" des livres, mais mon appréciation de la lecture : si j'aime une bouse objective comme 50 Shades of Grey, il peut être une "Belle lecture" à côté de Victor Hugo.<br />
Je trie mes lectures en 5 catégories :<br />
</p>

<ol class="org-ol">
<li><span class="underline">Livres marquants :</span> des oeuvres exceptionnelles, ou qui sont arrivées à un moment propice / ont provoqué quelque chose dans ma vie.<br /></li>
<li><span class="underline">Belles lectures :</span> de la belle littérature que je recommande et que j'ai aimé parcourir.<br /></li>
<li><span class="underline">Déception :</span> des oeuvres avec des qualités mais dont certains aspects ont dégradé un fond qui aurait pu être intéressant.<br /></li>
<li><span class="underline">Navets :</span> rien à sauver, c'est cata, je déteste.<br /></li>
<li><span class="underline">Pas ma tasse de thé :</span> c'est peut-être très bien, mais je vois rapidement que ce n'est pas pour moi. Je repose et je passe au suivant.<br /></li>
</ol>
<div id="outline-container-orgb1005e4" class="outline-2">
<h2 id="orgb1005e4">Livres marquants</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-orgb1005e4">
<ul class="org-ul">
<li><b>Joaquim Maria Machado de Assis - Dom Casmurro</b><br />
L'une des plus belles histoires que j'ai lu, celle qui me motive à écrire la mienne, entre autres.<br />
J'ai tendance à préférer les derniers livres des auteurs que j'aime, ceux écrits quand ils sont plus vieux, ont eu le temps d'affiner leur plume et d'avoir la richesse d'une vie pour nourrir leur création. Dom Casmurro, c'est exactement ça. C'est fin, c'est beau, c'est le résultat d'une vie passée à écrire.<br />
Le personnage Casmurro raconte sa vie depuis son enfance et sa rencontre de Capitou, sa voisine, dont il est amoureux. Il revient sur sa vie avec son regard de vieil homme, et nous emmène avec lui. Ce que j'aime chez Machado de Assis, c'est qu'il écrit en laissant des vides dans ses histoires qui laissent place à toutes les interrogations, et rendent l'expérience infiniment plus riche.<br /></li>

<li><p>
<b>Joaquim Maria Machado de Assis - Mémoires posthumes de Bràs Cubas</b><br />
Le livre qui m'a introduit à Machado de Assis. C'est la chose la plus facile à lire que j'ai lu, c'est franchement addictif et ultra efficace. C'est une oeuvre unique par la forme, et de façon plus discrète par le fond. C'est le reflet d'une intelligence remarquable : ce n'est pas un exercice de style, ni une démonstration, ni une part de lui. Parfois, j'avais l'impression qu'il répondait à mes commentaires que j'écrivais en marge les pages suivantes. C'est un ravissement rare d'habitude : chez lui, ça s'est produit une dizaine de fois. Il parle d'écrire comme quelqu'un de bourré, et je trouve ça tellement juste. Les pensées décousues, les liens improbables, les explications qui arrivent plus tard quand on croyait que ça n'avait aucun sens. Je suis admiratif de ce degré de déshinibition, de légèreté, de liberté. J'aimerais être libre comme lui.<br />
</p>

<p>
Je ne sais pas quoi tirer de ce livre, ni comment le décrire. Je n'en ai rien retenu, mais c'est une des meilleures choses que j'ai lu. La loi de l'équivalence des fenêtres est brillantissime.<br />
</p></li>

<li><p>
<b>Hermann Hesse - Steppenwolf</b><br />
J'ai laissé beaucoup de notes dans mon ouvrage. J'ai trouvé dans Steppenwolf autant de réponses à mes questions sur Hermann Hesse que de regrets de découvrir comment sa lucidité semble avoir continué à le tourmenter, toute sa vie. Steppenwolf est profondément personnel, c'est une introspection sur sa façon de vivre sa vie, de prendre du recul sur ses années passées. Une crise de la cinquantaine qu'il atteint à bout de souffle, usé par une existence pour laquelle il a perdu toute vitalité car il la <span class="underline">prend trop au sérieux</span>.<br />
</p>

<p>
Le Steppenwolf est cette créature bi-phasée, qui n'est à sa place nulle part. Toujours en guerre avec elle-même, sans espoir d'aller réellement mieux, se doutant que la souffrance engendrée ne dépassera jamais le plaisir de vivre. Il doit apprendre à vivre simplement, à chanter, baiser, faire les choses immédiatement, vivre dans l'instant.<br />
</p>

<p>
<b><code>========</code> SPOILER DE L'HISTOIRE COMMENCE ICI <code>========</code></b><br />
</p>

<p>
<b><code>========</code> SPOILER DE L'HISTOIRE COMMENCE ICI <code>========</code></b><br />
</p>

<p>
<b><code>========</code> SPOILER DE L'HISTOIRE COMMENCE ICI <code>========</code></b><br />
</p>
<blockquote>
<p>
J'ai l'impression que c'est une histoire du renoncement. Tuer Hermine de ses propres mains est "la meilleure issue pour eux deux". Après y avoir goûté, en être tombé amoureux, il doit renoncer à cette vie dont il a compris l'essence pour mieux comprendre la sienne ? Est-ce une remise en contexte, qui lui permet de comprendre qu'il est composé d'une infinité de facettes, mais qu'Hermine n'en est pas une, malgré tout le désir qu'il lui porte ?<br />
Peut-être qu'Hermine, par son discours de mort, signifie que sa lucidité l'empêchera toujours de faire corps avec ce monde, et qu'il doit accepter que ce soit le cas. Ça ne l'empêche pas de vivre de cette façon, et prendre cette légèreté avec lui, où qu'il aille.<br />
</p>

<p>
Steppenwolf mérite une seconde lecture, avec cette fin en tête. Hermine et Pablo sont des facettes de l'auteur qui interagissent entre elles. C'est un récit introspectif, avec un renoncement final : poignarder la poitrine d'Hermine, là où les dents de Pablo ont laissé sa marque.<br />
</p>

<p>
Si je n'avais pas lu la préface, Steppenwolf sonnerait comme un renoncement pour enfin vivre. Ou peut-être pas un renoncement, mais une acceptation. L'acceptation que certaines choses sont révolues, ne sont pas ce qu'elles devraient être, et qu'il peut vivre légèrement, lui aussi. Ne pas être aussi sérieux, et rire du reste, comme Pablo qui rit de la mort d'Hermine. Ça n'a pas vraiment d'importance.<br />
</p>
</blockquote>
<p>
<b><code>========</code> SPOILER TERMINÉ <code>========</code></b><br />
</p>

<p>
<b><code>========</code> SPOILER TERMINÉ <code>========</code></b><br />
</p>

<p>
<b><code>========</code> SPOILER TERMINÉ <code>========</code></b><br />
</p></li>

<li><p>
<b>Mike Mentzer - Heavy Duty</b><br />
Un livre de musculation par un musculé brillant qui a concouru à Mr. Olympia aux côtés d'Arnold Schwarzenneger et qui a finit Mister Universe. C'est quelqu'un qui pense bien, et remet en question par hygiène intellectuelle ce qui est considéré comme standard dans la pratique sportive.<br />
Ce que j'aime dans <i>Heavy Duty</i>, c'est que la philosophie de Mike est simple. C'est le plus proche d'un réel <i>life hack</i> que j'ai rencontré : la promesse de résultats importants, constants, avec un temps d'effort minimal.<br />
</p>

<p>
En suivant ses recommandations, je suis passé de 3x 1h/semaine à 1x 45 minutes/semaine, et je suis le premier surpris des résultats. C'est franchement étonnant, et pour le vivre, ça remet en question beaucoup de présupposés sur la pratique de musculation. Maintenant, j'ai du mal quand j'entends parler de personnes qui vont 4 à 5 fois par semaine en salle et que je vois la lenteur de leur progression.<br />
</p>

<p>
Il cherche à tuer définitivement l'idée moderne que <i>"More is better"</i> : la question à se poser n'est pas combien d'exercice j'ai besoin, mais quel est le minimum dont j'ai besoin.<br />
</p></li>
</ul>
</div>
</div>
<div id="outline-container-org922555c" class="outline-2">
<h2 id="org922555c">Belles lectures</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org922555c">
<ul class="org-ul">
<li><p>
<b>Mikhaïl Cholokhov - Le Don Paisible</b> (en cours)<br />
Lecture en cours, le livre est énorme mais extrêmement bien écrit (bien traduit ?). L'histoire se déroule en Ukraine, à côté du Don (une rivière) dans un village de paysans qui passent leur temps à boire, survivre au froid et battre leur femme quand ils s'ennuient.<br />
</p>

<p>
Les descriptions sont physiques, crues : l'acreté de l'odeur des corps, la crasse partout, les haleines et postillons quand les personnages parlent. Il y a une façon de transmettre très primitive dont je suis admiratif. Je ne sais pas du tout où l'histoire va par contre.<br />
</p></li>

<li><b>Joaquim Maria Machado de Assis - L'Aliéniste</b><br />
Une petite histoire qui aborde la question de "Qu'est-ce qu'une personne normale ?" de façon fine, sans pousser son propos. J'ai trouvé ça drôle.<br /></li>

<li><p>
<b>Hermann Hesse - Le Jeu des Perles de verre</b> (à l'arrêt)<br />
C'est un livre oméga-dense qui prend du temps et de l'effort à lire.<br />
</p>

<p>
Ce n'est pas fun, c'est un divertissement qui coûte. Ça se lit, mais c'est exigeant, car ça traite d'une utopie de société né du mélange des mathématiques, de la théorie musicale, des arts et du langage au travers du parcours d'un garçon qui deviendra l'un des membres les plus historiquement influents du cercle traçant l'évolution du Jeu, dont l'exercice développe la société de façon harmonieuse en s'appuyant sur l'universalité sous-jacente à toutes ces disciplines. Je fais&#x2026; une pause.<br />
</p></li>

<li><p>
<b>Léon Tolstoï - Anna Karénine I</b><br />
Chef d'oeuvre classique de la littérature russe, qui a tout ce que j'aime : la bourgeoisie, des histoires de réputation, des liens entre personnages complexes et du drame qu'on voit se dérouler devant nos yeux.<br />
J'ai adoré. Tolstoï écrit avec beaucoup de finesse, et retrace ces attractions magnétiques contre lesquelles on ne peut pas lutter. C'est vraiment très beau, c'est captivant, et il y a une telle sensibilité amoureuse derrière le crayon que certaines descriptions d'un tremblement de main, d'une nervosité, d'un frémissement, deviennent le seul témoin discret de tempêtes intérieures, et cela suffit. J'aimerais pouvoir écrire comme lui, maaaaaaaaaaaaaaaais&#x2026;&#x2026;&#x2026;&#x2026;&#x2026;&#x2026;&#x2026;&#x2026;&#x2026;&#x2026;&#x2026;.<br />
</p>

<p>
Ce qui est intéressant par contre, c'est qu'il semble considérer que tous les enfants des mêmes parents partagent le même fond, même si ce n'est pas immédiatement visible. L'expression n'est pas la même, mais si l'on pousse la personne dans ses retranchements, on découvre sa vraie nature qui se rapprochera de ses frères et soeurs qui eux, ne cachent pas leurs vices.<br />
</p></li>

<li><p>
<b>Hermann Hesse - Éloge de la vieillesse</b><br />
Lu en même temps qu'Anna Karénine : le contraste était drôle avec Anna, livre lourd et long que je dévorais, et l'Éloge de la vieillesse, où quelques pages provoquaient une forte impression sur moi, me laissaient pensif et m'imposaient de marcher un peu pour prendre la mesure, essayer de comprendre, d'assimiler un sens que je devine sans le connaître car hors de ma portée, hors d'âge.<br />
</p>

<p>
Le livre m'a fait une forte impression : le sujet du temps qui passe est toujours important pour moi. Voir cette fin inéluctable qui s'approche m'est parfois indifférent, m'inspire presque du dédain, et d'autres fois, toujours nocturnes, me terrifient car le concept d'inexistance est un tel non-sens, une telle aberration rationnelle que cette absence de réponse m'écoeure, me broie les entrailles, suscite une panique crue et brutale de ma vie qui s'échappe.<br />
Ensuite je dors, et la vie reprend.<br />
</p>

<p>
La vieillesse, l'effet du temps, la perte des proches, les transformations intimes, cette lente préparation d'une mort qu'on sent grandir en nous. Hermann Hesse est peut-être le plus doux pour en parler, sa sensibilité notant tous ces détails qui font une vie, et se présentant humblement, avec ses torts, ses douleurs, ses ambivalences. Il y a une gravité radieuse dans l'ouvrage, comme le dit la 4ème de couverture. C'est le témoignage au travers d'expériences, de poèmes, d'émotions, d'un homme qui sait toucher le crépuscule de sa vie. Sa vitalité asséchée, sa difficulté à vivre en société, sa santé fragile se transmutent en la perception d'une note de fond, d'une harmonie qui n'apparaît qu'avec l'âge. Elle se révèle après bien des expériences, et apporte avec elle une beauté rare, visiblement seulement par ceux qui ont vécu.<br />
</p>

<blockquote>
<p>
"Les pensées, les centres d'intérêts et les sentiments de la jeunesse nous sont désormais étrangers. C'est dans ces instants où l'on passe d'un âge à un autre que le spectacle discret et délicat de l'être qui s'éteint et disparaît progressivement peut nous saisir et nous émouvoir, emplir notre coeur d'étonnement et d'horreur, nous faire trembler et sourire à la fois."<br />
</p>
</blockquote>

<p>
C'est vraiment une notion d'état d'être. Hermann vit au rythme des choses sans s'y opposer. Mourir est un art, auquel on s'habitue avec docilité. La mort de ses proches finit par nous rendre plus proche des morts que des vivants restants, et l'on devient, peu à peu, curieux de l'après, et à même d'accepter cette dernière transformation.<br />
Je crois que ce livre m'a beaucoup touché car il m'a ouvert une fenêtre sur un "après" dont je n'ai jamais vu que les signes extérieurs : la lenteur des vieux, l'importance donnée aux souvenirs, ces moments d'absence où un regard semble porter immensément loin.<br />
La beauté de la vieillesse réside dans tous ces souvenirs, qui prennent d'autant plus de place que le quotidien a ralenti. C'est ma mère qui m'a incarné le fait de vivre avec ses morts, et Hermann en parle très justement, avec le fait de porter les siens jusqu'au bout, avec soi.<br />
</p>

<p>
Je pense avoir beaucoup plus de tendresse pour les personnes âgées. De la patience, aussi. Il y a quelque chose de touchant dans les écrits de personnes âgées, un côté doux, désarmant, inoffensif, comme si l'auteur, lorsqu'il écrit ses mémoires, parlait seul, pour lui-même. On a l'impression d'entrer dans la maison de quelqu'un d'autre, où tout est fragile. On attend de se faire montrer le chemin, mais notre hôte, lent, est attendu poliment pour nous guider pendant quelques pas avec lui. On retrouve cette même impression de marcher aux côtés d'une personne âgée : elle imprime son rythme sur nous, elle nous y contraint. Et l'on se prend à apprécier cette lenteur d'existence, à apprécier le temps pris à poser le regard sur l'anodin, à être enveloppé dans une bulle, comme si cette lenteur nous donnait un prétexte pour l'être, aussi.<br />
</p>

<p>
Écrire tout ça me ramène à The Gentle Art of Swedish Death Cleaning de Margareta Magnusson, qui était également touchant. C'est un livre écrit par une vieille femme, qui explique comment faire le tri de ses possessions pour préparer son départ, lentement, pour ceux qui restent derrière soi. Le poids des souvenirs rend le tri des affaires douloureux, doux-amer, nostalgique, et demande du temps.<br />
</p>

<blockquote>
<p>
"Tant que la mémoire veille, rien de ce qui se passe et de ce qui s'est passé ne se perd."<br />
</p>
</blockquote>

<blockquote>
<p>
"Nous ne devons pas nous efforcer de retenir le passé ou de la reproduire. Il faut être capable de se métamorphoser, de vivre la nouveauté en y mettant toutes nos forces. Le sentiment de tristesse qui naît de l'attachement à ce qui est perdu n'est pas bon et ne correspond pas au véritable sens de la vie."<br />
</p>
</blockquote>

<p>
La transcendance. Comme ma mère, le sens de la métamorphose. Mon père l'a aussi, à sa façon. Cette façon de se déplacer, de se reformer, que j'ai absorbé moi aussi. Je pense de plus en plus à l'héritage que m'ont transmis mes parents, et ce qui semblait indiscernable auparavant semble devenir plus clair, et leur trace sur moi, évidente.<br />
Une chose est sûre, j'ai beaucoup de tendresse pour ce livre. C'est une lecture douce, introspective, contemplative, qui je sais aura pris un sens nouveau quand je le relirai dans quelques années.<br />
</p>

<p>
Sans être pressé de mourir, sans être pressé de vivre, simplement être. La vieillesse comme l'arrivée d'une plage où l'on voit refluer sa vie, et en refléter mille éclats.<br />
</p>

<p>
<b>Nota :</b> tout autant que j'aime Hermann Hesse, je trouve toujours ses poèmes aussi nazes, et ce n'est pas une question de traduction.<br />
</p></li>
</ul>
</div>
</div>
<div id="outline-container-org665f7bf" class="outline-2">
<h2 id="org665f7bf">Déceptions</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org665f7bf">
<ul class="org-ul">
<li><p>
<b>Thomas Mann - La montagne magique</b><br />
La Montagne Magique, c'est comme ces décorations en verre réalisées par des maîtres verriers qui finissent en boutique à 320€ pièce : c'est du très beau travail, objectivement, mais personne n'en veut dans son salon.<br />
</p>

<p>
Thomas Mann écrit toujours très bien, mais l'étalage des détails et descriptions que j'aimais dans les Buddenbrook apporte ici une lourdeur qui me tue ; les pages semblent trop longues, trop lourdes, voir toutes ces descriptions qui ne m'intéressent pas, tous ces dialogues dont je n'ai rien à faire m'use, et pourtant je tiens bon parce que "c'est bien fait", mais il y a trop de pages pour pouvoir apprécier un <i>pay-off</i> plus tard.<br />
</p>

<p>
Je n'aime pas le cadre de ces jeunes se retrouvant en centre médical en montagne, parlant d'actualités historiques qui ne m'intéressent pas. Ce n'est pas pour moi.<br />
</p></li>

<li><p>
<b>John Updike - Rabbit est riche</b><br />
Le troisième tome d'un tryptique de l'auteur américain. Très bien écrit&#x2026; parce que traduit correctement en français ? Qu'est-ce que ça aurait donné en langue originale ?<br />
</p>

<p>
Probablement la même chose qu'à chaque fois avec les auteurs US : une démesure de mots sans accroche, énormément de fillers, et sans surprise ça parle d'argent, de caisse, de maison, de meufs, à base de tranches de vie&#x2026; Bah. C'est toujours la même chose. Je pense que le fait qu'il soit en français a prolongé ma lecture. Ce n'est pas mauvais, mais c'est américain, toujours terriblement long. Je ne comprends pas comment cette histoire peut durer 300+ pages.<br />
</p></li>

<li><b>Hermann Hesse - Le métier d'écrivain</b><br />
Un livre de poche vendu 15€, écrit super gros, et court en plus. Pas grand chose à prendre à l'intérieur, je ne retrouve pas l'inspiration habituelle que je tire des textes d'Hermann Hesse. Les commentaires ne m'évoquent rien, pas inspiré, franchement dispensable. J'ai été attiré par le titre charmant, comme <i>"On writing"</i> de Stephen King, qui est pour le coup un vrai ouvrage. Ici, ce n'est pas le cas.<br /></li>
</ul>
</div>
</div>
<div id="outline-container-orgd8146b5" class="outline-2">
<h2 id="orgd8146b5">Navets</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-orgd8146b5">
<ul class="org-ul">
<li><b>F. Scott Fitzgerald - The Great Gatsby</b><br />
Lu 10 pages, ça m'a suffit.<br />
Je ne sais pas si c'est la traduction de l'anglais US au français qui ne fonctionne pas, car l'effet est toujours le même : un dégueulis d'adjectif sur absolument tous les mots, et toujours des histoires de meufs, de meufs, et de voiture. Le paraître, le statut, l'argent, à l'aide quoi, c'est insupportable.<br />
Gatbsy en particulier m'a fait l'impression d'un livre pour enfant.<br />
Rejet typique de la littérature US.<br /></li>
</ul>
</div>
</div>
<div id="outline-container-org42ec758" class="outline-2">
<h2 id="org42ec758">Pas ma tasse de thé</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org42ec758">
<ul class="org-ul">
<li><b>J. R. R. Tolkien - Le Silmarillion</b><br />
Je me suis enfin attaqué à ce monument de la littérature fantastique pour&#x2026; En sortir très vite.<br />
C'est la mythologie, de la vraie bonne mythologie. Mais ce genre d'histoire ne m'intéresse pas. On a vraiment l'impression de lire un cours d'histoire, ce qui est tout à l'honneur de l'auteur qui de façon évidente était brillant. Le problème est que ces histoires imagée, avec beaucoup de significations derrière, ne m'intéressent pas vraiment. J'aimerais que ça soit le cas : ça ne l'est pas. Donc je repose, mais j'en garde un souvenir positif.<br /></li>

<li><p>
<b>Umberto Eco - Le Nom de la Rose</b><br />
Jamais fan des forts aspects religieux. L'auteur écrit très bien, semble brillant, beaucoup de formules latines, mais c'est parfois tellement&#x2026; trop, ça m'ennuie, les descriptions physiques de personnages ne m'intéressent pas, ni de comment le monastère est organisé. Il est certainement plus visuel, et s'attache au détail ce qui me perd.<br />
</p>

<p>
J'aurais aimé pouvoir le terminer pour savoir où allait nous mener cette enquête au sein du monastère, cependant. L'accroche était bien faite.<br />
</p></li>

<li><p>
<b>Edith Head - How to dress for success</b><br />
Venu chercher des conseils de style, reparti avec des checklists sur où trouver son futur mari, comment le séduire et comment faire pour le garder.<br />
</p>

<p>
Ce dont je me souviendrai : toujours être raisonnablement attirante le matin, et surtout la nuit.<br />
</p></li>

<li><p>
<b>Greg Egan - La Cité des Permutants</b><br />
Gros livre de nerds boutonneux matheux. Pas étonnant que ça soit une recommandation que j'ai eue d'Hacker News.<br />
</p>

<p>
C'est vraiment un truc qui se lit en zozotant "Mais ssest imposssible, tu ssssais, un paradocssssse temporel ne permet pas de boucle de rétroacssssion dû au prinsssipe de régularité de Plank". Pas ma tasse de thé, mais honnêtement ça a l'air de proposer quelque chose. De la hard SF, pas pour moi.<br />
</p></li>

<li><b>Greg Egan - Axiomatiques</b> [audiobook]<br />
Idem que pour la Cité des Permutants, c'est pour du nerd pur jus, je n'en suis pas un.<br /></li>

<li><p>
<b>Patrick White - The Vivisector</b><br />
N'a pas l'air d'être ce que j'aime, mais peut-être que je vais continuer. D'ici là, je le place ici.<br />
</p>

<p>
Le ton de la vie quotidienne, des détails de la maison, je ne comprends rien aux descriptions de personnages, de leur apparence, de l'air de la maison, ça ne m'intéresse pas. Les personnes à la mémoire très visuelle qui écrivent ne me plaisent pas.<br />
Il n'est pas US mais australien&#x2026; C'est peut-être un peu pareil&#x2026;<br />
</p></li>

<li><p>
<b>Selma Lagerlöf - Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède</b><br />
À priori, un grand classique Suédois, dont des passages sont souvent utilisés à l'école pour les enfants pour leur enseigner la langue, et en profiter pour parler le géographie et des nombreuses légendes du territoire.<br />
</p>

<p>
Je comprends pourquoi : c'est bien une histoire pour enfant, avec une certaine simplicité de langage qui me repousse un peu. Ça n'est pas désagréable, je pense même que c'est un bon livre pour ça, mais je veux lire quelque chose d'autre, et la taille colossale de l'ouvrage n'aide pas à me projeter, j'avoue.<br />
</p></li>

<li><b>Grazia Deledda - Elias Portolu</b><br />
Semble OK, mais pas ma tasse de thé. La famille sicilienne, la façon d'écrire, les milles détails des comportements du père&#x2026; L'intrigue qui s'annonce ne m'intéresse pas, mais ça semble un livre très correct autrement.<br /></li>
</ul>
</div>
</div>]]></content><author><name>Chris</name></author><category term="Blog" /><summary type="html"><![CDATA[Retour sur mes belles lectures de cette année.]]></summary></entry><entry><title type="html">[“Poème sans titre”]</title><link href="/poeme-sans-titre" rel="alternate" type="text/html" title="[“Poème sans titre”]" /><published>2025-10-12T00:00:00+00:00</published><updated>2025-10-12T00:00:00+00:00</updated><id>/poeme-sans-titre</id><content type="html" xml:base="/poeme-sans-titre"><![CDATA[<p>
Je me sens étrange,<br />
Étranger ?<br />
À contempler l'eau de loin<br />
La voir fluer, refluer, m'engloutir à tour de rôle<br />
Recraché sur le rivage tôt ou tard<br />
À contempler ses visions<br />
À apprécier l'abandon<br />
Je ne fais rien sous l'eau<br />
À part attendre qu'elle me recrache<br />
Qu'elle me digère<br />
À vrai dire, j'y reste toujours un peu<br />
Sans désir de remonter à la surface<br />
À espérer que la prochaine sera la dernière<br />
À m'approcher un peu trop des vagues<br />
Dont la masse écrasée sur le sable remonte jusqu'à mes pieds<br />
Je n'ai pas froid<br />
L'eau ne mouille pas<br />
Mais elle pénètre ma peau<br />
Me laisse toujours autre<br />
Et dans l'attente de plus.<br />
</p>]]></content><author><name>Chris</name></author><category term="Projets" /><summary type="html"><![CDATA[Prose et poèmes.]]></summary></entry><entry><title type="html">Stanley - Comparaison de styles narratifs</title><link href="/stanley-comparaisons-narratives" rel="alternate" type="text/html" title="Stanley - Comparaison de styles narratifs" /><published>2025-08-23T00:00:00+00:00</published><updated>2025-08-23T00:00:00+00:00</updated><id>/stanley-comparaisons-narratives</id><content type="html" xml:base="/stanley-comparaisons-narratives"><![CDATA[<p>
<a href="https://existential-chris.com/frustrations-sur-l-ecriture">Après m'être agacé hier</a>, on s'y met : je pense faire plusieurs posts pour tracer l'élaboration de mon travail de recherche de Stanley, qui est mon personnage, et mes recherches stylistiques entre différentes versions de texte.<br />
</p>

<p>
J'hésite encore sur le fait qu'il s'agisse une bonne idée ou non : avoir un seul texte final rend définitif, laisser un regard sur l'entre-deux (<code>la manière de penser</code> comme dit Nietzsche) semble brouillon, et peut m'influencer à des étapes où je ne veux pas l'être.<br />
</p>

<p>
Prototype de la genèse de Stanley en quelques histoires.<br />
</p>
<div id="outline-container-org6a9b4a1" class="outline-2">
<h2 id="org6a9b4a1">Version manuscrite</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org6a9b4a1">
<p>
<i>Le texte suivante est manuscrit, édité sur papier et retranscrit tel quel (~800 mots) :</i><br />
</p>

<p>
Imaginez un esprit brillant dans une vie où il est à l'étroit : si ça sonne arrogant, c'est parce que Stanley l'est.<br />
</p>

<p>
Stanley s'était éveillé tôt, l'école était un jeu d'enfant pour lui et il ne lui posait aucun problème. Pour autant, c'est bien d'elle que la première trahison ferait sa marque profondément sur sa vie.<br />
</p>

<p>
Les bonnes réponses aux questions posées par la maîtresse de cette petite école d'un territoire étranger donnaient un "bon point", une récompense sous la forme d'un petit morceau carré de carton avec un dessin ou un animal dessus. Stanley adorait ses cadeaux faciles qui semblaient lui revenir de droit et qui récompensait un comportement qu'il avait déjà pris sans qu'on ne le récompense pour, c'est-à-dire faire ce qui était attendu de lui.<br />
Un peu trop en avance scolairement, la maîtresse voyait l'inégalité de répartition des bons points se creuser peu à peu d'un mauvais œil, le doigt levé de Stanley étant toujours au rendez-vous, avide de nouveaux morceaux de cartons brillants. La récompense devint peu à peu de moins en moins systématique : le bon point obtenu chaque semaine s'éloignait peu à peu jusqu'à n'apparaître plus que toutes les deux semaines, puis trois, puis tous les mois, jusqu'à disparaître complètement de la vie de Stanley, malgré tous ses efforts redoublés pour mériter son dû. Pire, la maîtresse refusait d'interroger Stanley même quand il était le seul le doigt levé dans la classe, le privant d'encore plus de participations à l'obtention de prochains bons points. Stanley s'agaçait silencieusement, sa nature contenue prévenant tout débordement, le seul signe extérieur de son agitation interne était un frémissement nouveau, nerveux, de ce doigt perché sur ce bras d'enfant complètement tendu, le plus raide et haut possible pour être le plus impossible à ignorer dans le fond de cette classe où Stanley, au départ au premier rang pour paraître assidu et sage, avait été relégué car étant un élément non-perturbateur, qu'on peut se permettre de négliger. Voilà ce qui marqua au fer rouge l'âme sensible de Stanley : sa négligence.<br />
Comme tous les enfants de cet âge, la sensibilité inconsciente au monde extérieur l'imprégnait d'une multitude de sens confus, de logiques nébuleuses et d'impressions diverses qui forgeaient irrémédiablement son caractère. Mais l'acuité de Stanley perçait déjà à vif des comportements adultes maladroits, comme si ses yeux s'étaient ouverts prématurément et que sa vue absorbait des détails douloureux, trop lumineux, dont le sens lui échappait mais pas les raisons cruelles. Une maîtresse qui disait « Non, pas toi Stanley, je sais que tu sais. » en le voyant brandir son doigt trahissait son rôle même, et Stanley pouvait passer des semaines entières sans plus être interrogé. Les bons points étaient devenus une injustice lointaine, puérile, même pour lui. Il voyait ses camarades en accumuler à rythme régulier, rattrapant sa domination qu'il savait appuyée par une avance confortable qui se raréfiait. Stanley comprenait par une multitude de détails qu'il n'était pas à sa place : les adultes ne lui parlaient pas de la même façon qu'aux autres enfants, il comprenait trop vite pour faire partie des siens en classe, écrivaient déjà bien pour son âge - on prenait son carnet de travail en exemple pour montrer aux autres parents que si, à cet âge, c'est possible d'écrire droit, proprement et sans faute -. Stanley vivait cela comme une trahison habituelle des adultes, un sentiment qui ferait partie de son quotidien le reste de son enfance, et même longtemps après : cette vanité paresseuse de l'adulte qui ne voit en l'enfant qu'un sous-être, auquel il n'envisage même pas de demander par respect un droit qu'il s'accorde. Stanley voyait et ne disait rien : c'est peut-être le trait le plus caractéristique d'un personnage.<br />
</p>

<p>
Le reste de cette année scolaire marqua un tournant décisif pour Stanley, que le système éducatif commençait à abandonner, incapable de satisfaire sa part du marché, là où Stanley respectait toutes les règles qu'on lui proposait à la lettre, avec une fermeté qui aurait dû faire dresser quelques sourcils aux observateurs attentifs. Stanley voyait ce spectre s'approcher de lui, un spectre qui ne le quitterait plus pendant longtemps : Stanley était trop. Dans un monde qui lui était confus, désobéir aux adultes lui était inenvisageable, et leur obéir le reléguait en arrière-plan, à la place de celui qu'on peut se permettre d'ignorer. Il ne pouvait pas non plus jouer la comédie et feindre l'incompétence pour descendre au niveau des autres ; il s'y était déjà essayé "pour voir", comme un peintre émérite s'amuse à "rater" ses couleurs pour tenter de casser l'ennui d'un résultat autrement couru d'avance.<br />
Le quotidien, l'école, l'injustice, les yeux grands ouverts de Stanley voyaient tout, trop tôt, trop jeune ; ce tout commença à lessiver son innocence, sa tolérance, à la blanchir, à l'éroder prématurément pour atteindre ce que les adultes qualifieraient bientôt de "maturité". Stanley se retira peu à peu du monde pour entrer en lui-même.<br />
</p>
</div>
</div>
<div id="outline-container-org0b3a4b8" class="outline-2">
<h2 id="org0b3a4b8">Version orale</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org0b3a4b8">
<p>
<i>Le texte suivant est une narration orale du texte précédent, avec improvisation naturelle pour "donner vie" et spontanéité à certains passages (~1800 mots, enregistrement n°1) :</i><br />
</p>

<p>
Je ne suis toujours pas sûr de pourquoi j'ai fini comme ça. J'ai toujours été un enfant brillant qui comprenait vite. L'école était un jeu d'enfant pour moi et ne me posait aucun problème : pour autant, en y réfléchissant, c'est bien d'elle que provient la première véritable trahison de ma vie. Mes parents étaient de grands voyageurs et j'ai fini à 7 ans dans un petit territoire loin de la métropole, et dans une petite école locale où l'on pouvait recevoir des bons points en classe. Un bon point, c'est une récompense sous la forme d'un petit carton de couleur avec une image qui prouvait une forme de participation active. J'adorais ces cadeaux faciles et qui semblaient me revenir de droit. Le niveau scolaire était beaucoup plus bas qu'en métropole et je profitais de mon avance très confortable pour accumuler le plus possible tous ces bons points qui étaient à la fois la preuve de ma supériorité et tout simplement un destin naturel par rapport à mes camarades qui ne savaient soit pas lire, soit pas compter, ne comprenaient rien à rien. Autant dire que c'était finalement très naturel, presque la loi de la jungle, darwinien en essence.<br />
J'avais bien compris ce qu'on attendait de moi : je m'étais mis au premier rang pour être juste devant la maîtresse, être assidu, écrire droit, proprement ; parler fort pour que la maîtresse m'entende et le plus intelligemment possible ; être actif, poli, à l'écoute, toujours une oreille dressée vers la maîtresse, ce qui m'amenait à consolider cette pile de bons points, que j'amassais à une vitesse folle. Ils m'apportaient un bonheur entier et simple, la récompense d'un comportement qui était attendu de moi et que j'avais pris de façon très naturelle.<br />
</p>

<p>
Mais au bout de quelques mois, la fête s'est vite finie : un peu trop en avance scolairement, la maîtresse voyait l'inégalité de répartition des bons points se creuser peu à peu d'un mauvais œil. Elle n'a rien dit, mais je sais que c'était le cas. Mon doigt levé était toujours au rendez-vous, mais la récompense devenait peu à peu de moins en moins systématique. Le bon point obtenu chaque semaine auparavant s'éloignait peu à peu, jusqu'à n'apparaître plus que toutes les deux semaines, puis toutes les trois, puis tous les mois, et jusqu'à disparaître complètement de ma vie, malgré mes efforts que je redoublais pour mériter mon dû. J'écrivais plus vite, j'aidais mes camarades, j'allais plus loin, je faisais le double des exercices par rapport aux autres élèves, j'allais au tableau le plus possible, mais il n'y a rien à faire. Je vivais cette situation comme une injustice, car je voyais la maîtresse récompenser des enfants moins bons que moi, mais qui faisaient moins d'efforts aussi. J'avais beau être encore petit, je savais que je leur étais objectivement supérieur : s'ils étaient si bons que ça, ils n'avaient qu'à le prouver. Et ils ne prouvaient rien, mais ils avaient quand même les bons points. Pire, au bout d'un moment, la maîtresse commençait à refuser de m'interroger même quand j'étais le seul doigt levé dans la classe, et me privait d'encore plus de participations qui m'auraient permis d'obtenir un prochain bon point. Le seul signe extérieur de mon agitation interne était un frémissement nouveau et nerveux qui semblait habiter dans ce doigt tendu au bout de mon bras d'enfant, le plus raide et haut possible pour être le plus impossible à ignorer dans le fond de cette classe. Oui, car si j'étais au départ au premier rang pour paraître assidu et sage, j'avais été relégué au fond de la classe, étant un élément non-perturbateur qu'on peut se permettre de négliger. Voilà ce qui, je pense, me marqua au fer rouge le plus tôt possible dans mon enfance : ma négligence.<br />
</p>

<p>
À cet âge, je me sentais imprégné d'une multitude de&#x2026; Sens confus, de logiques nébuleuses, d'impressions diverses qui forgeaient mon caractère. Je comprenais que ce moment-là qui me peinait plus que d'autres était une injustice. Je perçais déjà à vif des comportements maladroits. Je voyais la maîtresse ne pas porter attention à des bagarres et des harcèlements dans la classe. Je voyais qu'elle ne relevait pas des insultes qu'elle avait entendues pour ne pas avoir de problème. Je commençais à voir qu'elle acceptait certaines de ses fautes que je faisais remarquer au tableau avec un agacement discret. Je commençais à m'adapter à elle plutôt qu'elle à moi, je savais que quelque chose n'allait pas ici. La figure d'autorité devenait faillible, et finalement prenait un caractère un petit peu méprisable, qui manquait d'honneur, de noblesse. C'est comme si mes yeux s'étaient ouverts prématurément et que ma vue absorbait des détails un peu trop lumineux, dont le sens m'échappait, mais pas les raisons cruelles. La maîtresse qui disait « Non, pas toi Stanley, je sais que tu sais » en me voyant brandir mon doigt, trahissait déjà un caractère incapable de me prendre en compte dans un milieu éducatif où c'était précisément son rôle. J'ai commencé à comprendre que c'était moi qui n'étais pas à sa place. Je pouvais passer des semaines entières sans plus être interrogé : les bons points étaient devenus une injustice lointaine, presque puérile. Ce qui était au départ une injustice d'enfant pour un bon point devenait une plainte d'adulte d'une personne qui n'est pas traitée comme elle le devrait au sein d'une institution d'adultes.<br />
Dans le casier de mon bureau, j'avais rangé mes bons points à l'avant pour pouvoir les sentir entre mes mains quand je m'ennuyais en cours. J'aimais utiliser leur forme carrée pour mesurer mes doigts et voir au fil de l'année comment ils devenaient de plus en plus petits dans mes mains. Je voyais aussi mes camarades en accumuler à rythme régulier et me demander « Stanley, t'as combien de bons points ? » Et je leur répondais que j'en avais 12, eux commençaient à en avoir 7. Et leur première réaction, c'était de dire « Je suis en train de te rattraper ! », aveugles à la tragédie en cours.<br />
</p>

<p>
Je parlais à la maîtresse avec beaucoup de politesse et elle me répondait avec une certaine brièveté pour pouvoir s'occuper des autres. Je savais qu'elle ne s'adressait pas à moi comme aux autres enfants : elle se permettait d'être plus courte avec moi et elle avait moins d'égards, sans avoir moins d'affection. Je n'ai pas compris toutes ces choses sur l'instant, ça faisait partie de ces compréhensions instinctives d'enfant. J'ai commencé à attendre en classe, à regarder par la fenêtre, laisser le temps passer en regardant l'horloge. Voir ces secondes qui au départ m'étaient invisibles prendre forme, une forme presque physique et commencer à s'allonger au fil des semaines. Les dix dernières minutes avant les récréations étaient toujours les pires : elles se transformaient en une heure, deux heures, parfois cinq heures, pour être interminablement longues.<br />
</p>

<p>
Un jour, en allant à l'école, j'ai vu qu'on avait fouillé dans ma tablette et que mon cahier du jour dans lequel on écrivait tous nos exercices n'était pas à sa place. La maîtresse est venue me voir à ce moment-là pour me dire que la veille, elle l'avait pris pour le montrer à d'autres parents d'élèves et leur démontrer que si, à mon âge, c'était possible d'écrire droit, proprement et sans faute. J'étais fier comme un pou d'être un exemple et en même temps, j'ai compris plus tard que ce qui me gênait, c'était cette trahison habituelle des adultes qui commençait à faire partie de mon quotidien.<br />
La maîtresse continuait sa descente morale et faisait étalage de cette vanité paresseuse de l'adulte qui ne voit l'enfant que comme un sous-être auquel il n'envisage même pas de demander par respect un droit qu'il s'accorde. Je n'avais rien à dire, ça n'était pas ma place de dire quoi que ce soit.<br />
</p>

<p>
Je sais que le reste de cette année scolaire a marqué un tournant décisif pour moi parce que le système scolaire commençait à m'abandonner, incapable de satisfaire sa part du marché là où je respectais toutes les règles qu'on m'imposait et même celles qu'on ne proposait même pas mais que je comprenais implicitement. La fermeté avec laquelle je suivais le règlement à la lettre aurait dû faire dresser quelques sourcils aux observateurs attentifs ; quant à moi, je voyais ce spectre s'approcher de moi, un spectre qui ne me quitterait plus pendant longtemps : j'ai réalisé que j'étais de trop. Désobéir aux adultes était envisageable et leur obéir me reléguait en arrière-plan à la place de celui qu'on peut se permettre d'ignorer.<br />
</p>

<p>
Parce que les cours étaient trop longs et que je m'ennuyais, j'ai essayé une semaine de faire semblant d'être au niveau du reste de mes camarades, un peu comme un grand peintre s'amuse à "rater" ses couleurs pour tenter de casser l'ennui d'un résultat autrement couru d'avance. Ça n'a pas vraiment marché : quelque chose empêchait mon stylo de faire une faute. La honte de me rabaisser au niveau des singes de cette classe qui étaient incapables d'écrire et dont je savais le regard scrutateur sur moi à l'affût de la moindre erreur aurait été trop grande. Je ne leur aurais certainement pas donné ce plaisir : j'étais devenu une figure à abattre. On comparait gentiment ses notes avec les miennes pour vérifier si l'on se rapprochait de la cible, et la fierté crâneuse - et bruyante - sortait immédiatement en cas d'égalité. Je devais tenir ma place seul, et je ne devais mon avance qu'à moi.<br />
Cette année-là m'a mis dans la course : la seule chose qui me plaisait, c'était de rester en pôle position et d'écraser toute la concurrence. Comme le temps devenait de plus en plus long, la meilleure façon d'écraser mes camarades était de passer 5% de mon temps à les écrabouiller et 95% du temps restant à regarder le résultat.<br />
</p>

<p>
Le quotidien, l'école, l'injustice, mes yeux grands ouverts trop tôt, trop jeune ; ce tout commença à lessiver mon innocence, ma tolérance, à la blanchir, à l'éroder prématurément pour atteindre ce que les adultes qualifieraient bientôt de "maturité". Quand j'ouvrais la bouche, je voyais qu'on me traitait comme un enfant et qu'on ne comprenait pas ce que je disais, alors j'ai commencé à me taire.<br />
</p>
</div>
</div>
<div id="outline-container-org6920ba8" class="outline-2">
<h2 id="org6920ba8">Avis à chaud [T+1 heure]</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org6920ba8">
<p>
Le premier texte est d'une belle concision mais fait tellement froid en comparaison du second. Pris tout seul, il me paraissait correct, mais le second semble le rendre complètement incomplet. C'est peut-être le meilleur des deux mondes : la fondation solide du papier permettant d'ajouter la légèreté et la spontanéité de l'oral.<br />
Je pense que la différence de qualité réside dans un premier texte très explicatif, contre un second beaucoup plus démonstratif, ce qui est toujours plus suggestif et permet de se projeter sur un personnage.<br />
</p>

<p>
Pour autant, je me demande si je ne suis pas encore trop explicatif : les mots de Nietzsche me restent en tête (basiquement <i>show, don't tell</i>).<br />
Je n'arrête pas de me demander comment je pourrais en dire moins, et montrer plus.<br />
Je remarque aussi que j'ai du mal à écrire à la troisième personne : les personnages me semblent trop distants et moins sincères.<br />
</p>
</div>
</div>]]></content><author><name>Chris</name></author><category term="Projets" /><summary type="html"><![CDATA[Texte manuscrit simple vs. version narrée oralement]]></summary></entry><entry><title type="html">Frustrations sur l’écriture</title><link href="/frustrations-sur-l-ecriture" rel="alternate" type="text/html" title="Frustrations sur l’écriture" /><published>2025-08-22T00:00:00+00:00</published><updated>2025-08-22T00:00:00+00:00</updated><id>/frustrations-sur-l-ecriture</id><content type="html" xml:base="/frustrations-sur-l-ecriture"><![CDATA[<p>
On fait sa vie et on se prend une baffe par quelqu'un mort depuis longtemps. Le mieux, c'est quand la baffe vient de quelqu'un qui est déjà passé de nous en mettre une avant : c'est le plaisir de découvrir qu'on a avancé dans sa vie et qu'on découvre de nouvelles nuances qui ne nous concernaient pas avant. L'amour, c'est se friter ensemble dans la même direction.<br />
</p>

<p>
Cette fois-ci, c'est Nietzsche, surgissant par hasard en lisant des recos lecture sur internet. Je me questionne beaucoup sur ce qui fait une bonne lecture, fiction comme non-fiction. Lui répond :<br />
</p>

<blockquote>
<p>
La plupart des penseurs écrivent mal parce qu'ils nous communiquent non seulement leurs pensées, mais aussi la manière dont ils pensent.<br />
</p>
</blockquote>

<p>
À noter qu'il parle précisément des penseurs, faisant de mauvais écrivains, catégorie dans laquelle je me range, puisque je souffre exactement de ça. Partagé entre un naturel allant à la brièveté, que Nietzsche apprécie, et le besoin d'expliquer, démontrer, prouver sur le papier comme dans la vie. Pour moi, une bonne lecture, c'est Machado de Assis, avec Mémoire posthume de Brás Cubas et Dom Casmurro, par exemple. Machado de Assis m'a aussi mis une baffe récemment, mais ça ressemblait plus à une main au cul qu'autre chose. J'ai aimé ça : une apparence d'esprit libre, débridée et incroyablement naturelle sur le papier. L'écriture m'est plus qu'un texte à lire ou à sortir : elle révèle mon caractère, mon état actuel, et mes spécificités.<br />
</p>

<p>
C'est le problème que je rencontre : une résistance confuse, l'absence de direction, aucune motivation pour la marche à suivre. J'ai l'habitude de "sentir" où je dois aller. L'écriture me demande toujours de percevoir des courants plus fins, plus profonds. Les suivre me récompense de perceptions plus fines, de plus jolies formules aussi, je n'ai pas l'impression qu'il s'agisse d'une illusion que je m'enseigne.<br />
Mon obstination à sentir les vents me rend immobile quand il n'y en a pas, comme un voilier au milieu de l'océan. Mais je cherche un moteur, j'ai besoin, ou plutôt envie, d'avancer constamment. Et on arrive au nœud du problème : penser à l'efficacité est le moyen le plus fiable de tuer toute inspiration créatrice. C'est l'acte le plus délicat, envoyé à la broyeuse, mais en même temps on peut légèrement tirer sur sa tige pour qu'il pousse plus vite.<br />
</p>

<p>
Je suis frustré par ma propre incompétence, qui est précisément le meilleur moteur pour aller loin dans n'importe quel sujet. Je ne peux pas m'empêcher de consulter la vie des grands auteurs que j'admire, comme un oracle dans l'espoir de trouver ne serait-ce qu'un soupçon de réponse permettant de me guider un peu sur ce chemin. Hermann Hesse passait de longs moments contemplatifs à laisser les choses venir à lui et travailler quotidiennement quelques heures aux premières heures du jour. Nietzsche profitait de ses longues promenades quotidiennes pour noter les idées qui lui venaient par le mouvement et les compiler en rentrant chez lui, alternant entre phases d'élaboration progressive et des phases d'écriture intenses, comme des fulgurances. Machado de Assis était un écrivain rigoureux consolidant méthodiquement ses œuvres au fil des années et passant notamment pour Brás Cubas à la dictée grâce à son épouse qui retranscrivait pour lui.<br />
</p>

<p>
Chaque profil est particulier, et personnel, unique : la pratique ressemble à celui qui l'aborde. Je ne sais pas qui je suis et je suis frustré d'attendre, rien ne va jamais assez vite pour moi. Je sais que j'essaie de créer synthétiquement une pratique qui ne peut naître qu'organiquement avec la pratique elle-même. On ne peut pas construire un arbre, on le laisse se tordre dans tous les sens dont il a besoin.<br />
</p>

<p>
C'est peut-être ce qui me caractérise le plus. J'essaie de gratter partout où je peux pour aller plus vite, plus loin, progresser. C'est aussi pour ça que les doctrines de la non-action, comme le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Wuwei_(philosophie_chinoise)">wuwei taoïste</a>, sont très séduisantes à mes yeux. Elles offrent quelque part une promesse que les choses sont ce qu'elles sont et que si ma vie y est destinée, alors elles se produiront naturellement sans forcer, non sans effort.<br />
</p>

<p>
Mais je suis un forceur : force ou trait à abandonner ? Trait littéraire caractéristique ou frein à la création ? Chaque lecture est une empreinte étrangère sur mon âme : lire beaucoup ou lire peu ? J'ai beau avoir coupé quasiment tous les robinets de contenus d'internet, je me sens quand même perturbé par le monde dans lequel on vit, l'étrangeté du comportement des gens autour de moi et ma propre étrangeté qui se transforme sans s'amenuir.<br />
</p>

<p>
J'ai un projet en tête (débloqué par Machado de Assis, merci), une histoire qui doit s'inscrire comme une première "vraie" tentative de fiction. Paradoxalement, la fiction semble plus intime qu'un texte comme <a href="https://existential-chris.com/rompre-avec-l-amertume">Rompre avec l'amertume</a> et me pose un cas de conscience. Ma vie s'est produite, mais j'ai créé mon histoire : je n'ai pas honte de moi, mais j'ai honte de ce que j'invente. Toutes ces subtilités se révèlent dans l'écriture. Toutes les frictions créatives ne sont que moi qui semble devoir laisser derrière lui tous ses réflexes me collant à la peau comme du mazout. Et c'est un joli projet, c'est poétique en soi, mais je n'avance pas. Soit j'ai besoin d'un moteur, soit je m'invente des difficultés pour rester immobile. Soit c'est aussi le signe que le projet ne m'évoque rien et dans ce cas est mort-né. En même temps, j'ai conscience être frustré de temporalités que je sais très normales.<br />
On revient toujours au sujet de la vulnérabilité et des attentes qu'on a pour soi. Celui qui écrit doit accepter de se montrer incomplet. Il n'a pas la prétention d'avoir tout résolu : il écrit parce qu'il doit écrire, non parce qu'il maîtrise parfaitement son art.<br />
</p>

<p>
Confronté à un problème complexe, plutôt que de le résoudre, il faut s'assurer de l'avoir compris. S'il est compris convenablement, la solution devient évidente (cf. <a href="https://www.henrikkarlsson.xyz/p/problem-solving">Henrik Karlsson récemment</a>).<br />
Mon problème est que je veux bien écrire, je veux écrire une histoire et je ne sais pas où l'amener. Pour ça, je sais que je dois :<br />
</p>
<ol class="org-ol">
<li>Pratiquer beaucoup<br /></li>
<li>Tester des styles/formats différents<br /></li>
<li>Terminer mes textes et les publier<br /></li>
</ol>

<p>
Donc, réduire le scope de cette histoire pour la tenir à nouveau dans mon crâne, écrire court, vite et enchaîner. Les premières histoires ne sont jamais les bonnes. En somme, tuer mes attentes. Les attentes sont le fléau de ma vie. Si j'arrive à faire quelques histoires courtes prenantes, ce sera la base d'histoires longues prenantes. Le plus important, c'est de finir l'histoire.<br />
</p>

<p>
Tout ça pour dire, que je reviens à la baffe de Nietzsche qui m'a lancé à écrire tout ça et va pouvoir clôturer ce billet de la frustration et de l'espoir :<br />
</p>
<blockquote>
<p>
La recette pour devenir un bon romancier, par exemple, est facile à donner, mais la mettre en pratique présuppose des qualités que l'on a tendance à négliger lorsqu'on dit : « Je n'ai pas assez de talent ». Il suffit de faire une centaine d'esquisses de romans, aucune ne dépassant deux pages, mais d'une telle précision que chaque mot y soit nécessaire ; il faut noter chaque jour des anecdotes jusqu'à ce que l'on ait appris à leur donner la forme la plus concise et la plus efficace possible ; il faut être infatigable dans la collecte et la description des types et des caractères humains ; il faut surtout raconter des choses aux autres et écouter les autres raconter, en gardant les yeux et les oreilles ouverts pour percevoir l'effet produit sur les personnes présentes ; il faut voyager comme un peintre paysagiste ou un costumier ; il faut extraire pour soi-même de chaque science tout ce qui produira un effet artistique lorsqu'il sera bien décrit ; il faut enfin réfléchir aux motifs des actions humaines, ne mépriser aucun indice permettant de les comprendre, et collectionner ces choses jour et nuit. Il faut poursuivre cet exercice multiforme pendant une dizaine d'années : ce qui sera alors créé dans l'atelier sera alors prêt à être présenté au monde. Mais que font la plupart des gens ? Ils commencent non pas par les parties, mais par le tout. Peut-être parviennent-ils par hasard à trouver le bon ton, à susciter l'attention, mais à partir de là, ils jouent de moins en moins bien, pour des raisons naturelles et compréhensibles.<br />
</p>
</blockquote>

<p>
Et je finis aussi un peu piqué, parce que j'ai exactement communiqué la manière dont je pense.<br />
</p>

<hr />

<p>
<b>Post-scriptum :</b> en me relisant quelques heures plus tard, je me rends du degré d'exigences que je m'impose et ça n'a pas l'air sympa de l'extérieur. Ce qui est drôle, c'est qu'au moment où je l'écris, ça ne me choque pas ; quelques heures après, oui.<br />
</p>

<p>
<b>Post-scriptum 2 :</b> je me faisais la réflexion en pratiquant la méditation qu'atteindre un réel détachement des circonstances de la vie serait probablement l'extinction de toute possibilité créative. Sur quoi écrire quand le monde est devenu lisse ? J'imagine que je dois me sentir chanceux en ce regard.<br />
Note à part, je trouve les fictions de pratiquants spirituels particulièrement mauvaises ; il n'y a que les auteurs US pour les dépasser en nullité.<br />
</p>]]></content><author><name>Chris</name></author><category term="Blog" /><summary type="html"><![CDATA[Errances créatives.]]></summary></entry><entry><title type="html">Clapotis</title><link href="/clapotis" rel="alternate" type="text/html" title="Clapotis" /><published>2025-07-13T00:00:00+00:00</published><updated>2025-07-13T00:00:00+00:00</updated><id>/clapotis</id><content type="html" xml:base="/clapotis"><![CDATA[<br/><br/>

<p>
Non, le jeu ne s'arrêtera jamais <br />
Tu ne diras jamais que ta vie est déjà prise <br />
Ton regard ne se posera jamais discrètement sur moi pour jauger ma réaction <br />
Guetter un tressaillement <br />
Je déteste ce regard <br />
Celui de la pitié généreuse <br />
Celui de la beauté qui a conscience d'elle-même <br />
Et de son pouvoir <br />
Et de ses victimes <br />
La miséricorde de celui qui a tout pour celui qui n'a rien <br />
Tu me laisses ce vide qui n'a jamais été à moi <br />
Pas vraiment le tien non plus <br />
Mais il dévore tout l'espace <br />
Sans me permettre de voir autre chose <br />
Que tes contours <br />
</p>

<br/><br/>

<hr />

<p>
<i>Photo de <a href="https://unsplash.com/fr/@virgilcayasa?utm_content=creditCopyText&amp;utm_medium=referral&amp;utm_source=unsplash">Virgil CAYASA</a></i><br />
</p>]]></content><author><name>Chris</name></author><category term="Projets" /><summary type="html"><![CDATA[Prose et poèmes.]]></summary><media:thumbnail xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/" url="/2025-07-13T23.36.00%20-%20virgil-cayasa-9B7Nl7qQkLM-unsplash.jpg" /><media:content medium="image" url="/2025-07-13T23.36.00%20-%20virgil-cayasa-9B7Nl7qQkLM-unsplash.jpg" xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/" /></entry><entry><title type="html">Rompre avec l’amertume</title><link href="/rompre-avec-l-amertume" rel="alternate" type="text/html" title="Rompre avec l’amertume" /><published>2025-05-25T00:00:00+00:00</published><updated>2025-05-25T00:00:00+00:00</updated><id>/rompre-avec-l-amertume</id><content type="html" xml:base="/rompre-avec-l-amertume"><![CDATA[<p>
<i>Photo de <a href="https://unsplash.com/fr/@heytowner?utm_content=creditCopyText&amp;utm_medium=referral&amp;utm_source=unsplash">John TOWNER</a></i><br />
</p>

<hr />

<p>
J'ai écrit ce texte de nombreuses fois. Je crois que ce que je voulais dire, c'est à quel point l'ambivalence de nos vies et d'une séparation est complexe. Je n'ai jamais su trouver le bon ton pour parler de nous, de ce qu'on était, de ce qu'on sera, de ce dont j'essaie de me défaire mais qui reste profondément en moi. Je me questionne aussi sur le besoin de publier sur le site. J'ai le sentiment qu'écrire pour moi m'apporte déjà énormément et que publier est une tâche superflue.<br />
En fait, tout ça découle du fait que ce texte à propos de Lisa est une arlésienne. J'aimerais le terminer pour passer à autre chose, mais je le repousse sans cesse. Il est en travail de fond depuis des mois, je me débats avec lui de la même façon que je me débats avec moi-même. Je dois et je veux clore ce texte. Je veux lui donner un caractère définitif, je veux le parfaire, j'ai toujours besoin de plus, de mieux, de plus profond. J'ai envie d'en faire une lettre d'amour magnifique et mes attentes me font juger ce que j'ai fait, et me rendent insuffisant.<br />
</p>

<p>
Il y a de l'idée dans le fait que la procrastination pour un but désiré cache davantage que de la simple fainéantise. Bien sûr que j'aimerais pouvoir écrire à la hauteur de ce qu'on est, et je ne peux écrire qu'à la hauteur de ce que je suis. Cette sacralisation est le reflet de ce qu'on vit, c'est un trop d'attention de part et d'autre. C'est la volonté de trop bien faire, un besoin viscéral d'aller au-delà, de rendre tout si important, beaucoup trop important.<br />
</p>

<p>
Je suis en train de nous quitter, et l'on continue de vivre ensemble depuis près d'un an. Comme une grande phase de transition vécue à deux, à construire un après pour chacun. Ce qui a commencé dans la réalisation brutale que c'était terminé, dans les maladresses de cette distance qui ne sait pas où se mettre, dans la perte de contact physique, s'est transformée peu à peu en une harmonie légère, dans la patience et la réalisation de tout ce qu'on partage. Disons simplement que se détester aurait été beaucoup plus simple émotionnellement.<br />
</p>

<p>
Il y a tant de choses qui ne se dévoilent que dans l'intimité. J'aime ses sourires qui ne sont que pour moi, je connais tous ses yeux, du bonheur, au sommeil, à la culpabilité, à la jalousie. Je connais ses gestes tendres, ses expressions, tout ce que nos souvenirs nous ramènent. J'ai beaucoup de tendresse pour elle, et j'ai du mal à partir. On n'a jamais passé d'aussi belles journées ensemble que depuis le divorce officiellement prononcé. C'est un mot très vilain, divorce. C'est moche, c'est désagréable à dire, il porte en lui toute l'amertume et la violence du déchirement. C'est tellement de discussions difficiles à amorcer. Je ne réalise pas encore vraiment, je crois, l'absence que tout ça me laissera.<br />
</p>

<p>
Mes pensées sont tellement désordonnées. Je l'aime et aussi sincère que ce soit, le mur arrive. C'est la douce amertume de comprendre la beauté de ce qui est partagée est en train de prendre fin, de vouloir rester et finir vieux et fripés ensemble, à se regarder sans avoir besoin de rien, laisser nos souvenirs émettre une note de cœur vague, vibrant à l'harmonie entre nous deux. J'ai vu cette scène souvent, et longtemps en moi. C'était mon rêve avec elle, qu'on puisse passer notre vie ensemble, qu'on grandisse ensemble, qu'on s'éteigne ensemble. J'ai toujours vu ça pour nous. Je souris en écrivant en pensant à ses gestes tendres, à son cou dans lequel je me niche tout le temps, à son odeur qui me suit. Je veux ses mots et ses mains pour m'accompagner partout ; je veux la sérénité de savoir avoir trouvé ma place, enfin. On vit de si beaux moments ensemble.<br />
</p>

<p>
Lisa m'a toujours touché en plein cœur. Une combinaison de vulnérabilité, de douceur, d'inertie, de loyauté qui m'apporte un calme nécessaire et une forme d'utilité certainement. J'aime finir les phrases qu'elle a à peine commencé à dire, et parfois répondre aux questions avant qu'elle ne les prononce. C'est drôle tant que les choses n'ont pas d'importance, mais dès qu'un irritant arrive et qu'on a quinze secondes d'avance sur la discussion, on en vient à détester la prévisibilité de la personne en face. Je ne peux pas lui reprocher cette stabilité d'être ; je peux souffrir de cette stabilité d'être.<br />
</p>

<p>
Je sens Lisa proche, très présente en ce moment. Elle veut profiter au maximum du temps qui nous reste. Elle se blottit, elle m'enveloppe, elle a toujours un contact pour moi. Elle pleure quand elle se dit "C'est ma tête", quand elle me tient dans ses bras. "C'est mon mari", aussi. La douleur de cette phrase qui porte le poids de ce qu'on était et de la beauté qu'on partage me pèse encore. Tout ça reflue en moi, comme la marée. Je crois que l'on veut tous trouver sa place quelque part, et Lisa me rappelle que la nôtre était ensemble ; égoïstement, que la mienne était avec elle. C'est de la tendresse, des compréhensions mutuelles, une patience partagée, la beauté des silences et du contact. Tout ça me pèse depuis longtemps. Je voulais partir le plus vite possible pour passer à autre chose, mais je voulais aussi faire ce qui me semblait juste pour elle, et qu'elle puisse avoir le temps des explications, des discussions sur l'après, le temps de la transition. Finalement, je réalise que j'en avais autant besoin qu'elle, et que ce deuil partagé nous fait saigner de la même façon que la nostalgie est douce-amère. Une vie est morte entre nous deux.<br />
Je m'inquiète de ce qui s'est abîmé en elle, et ce que j'ai perdu, moi. J'essaie de ne pas trop penser à tous les souvenirs qu'elle porte pour nous, car ma mémoire de certaines choses n'est pas bonne, et m'en rappeler me fait encore trop souffrir. Bien sûr que je nous voudrais tous les deux, ensemble, mais l'heure du renoncement est là. L'acceptation est aussi plus difficile quand c'est un choix de vie, fondamentalement basé sur l'incertitude. Parler de décision n'est peut-être pas le plus juste, quand c'est quelque chose qui s'impose à soi.<br />
</p>

<p>
Pas un jour ne passe sans que je n'y pense. Et les heures passent, et les minutes ne reviennent pas, et l'on sait tous les deux que la séparation, la vraie, arrive. Je la sens dans le doute, perdue entre la force de mes certitudes et mon ambivalence. Le déchirement s'approche peu à peu, inexorablement, comme une petite mort, comme quelque chose qui partira et ne reviendra jamais. Chaque moment est amplifié par cette fin qui est là, qui s'infiltre partout comme un frisson glacial, qui annonce la perte, qui annonce l'oubli, qui annonce l'irrémédiable. C'est la fin des souvenirs, c'est la fin du temps, c'est notre fin, à nous.<br />
</p>

<p>
J'aime l'humanité de notre fin, nos discussions à cœur ouvert et le temps qu'on a pris pour faire le deuil ensemble, même si c'est un deuil hypothétique parfois. L'espoir de trouver comment s'apprivoiser et changer ensemble n'est jamais très loin. Le besoin de partir n'a fait que révéler tout ce qu'on partage, et fait remettre en question si les problèmes qui nous pèsent ne sont pas qu'un mirage qui nous a fait oublier l'essentiel.<br />
Je me sentirai toujours coupable de vivre pour moi. Je ne supporte pas son chagrin, sa façon de devenir grise quand elle pense à l'après, et comment elle s'éteint peu à peu devant la solitude qui la terrifie. Je lui souhaite le meilleur mais je lui inflige le pire, et me pardonner de ça prendra du temps. C'est dans ces moments que notre voix intérieure ressort : la mienne est dure, parfois cruelle, maladive.<br />
</p>

<p>
Je vis mon attachement avec beaucoup d'amertume, car je le sais magnifié par la fin du poids de notre vie à deux qui pesait sur mes épaules. Cette fissure qui barrait mon cœur depuis un moment était bien réelle, et est revenue à chaque nouvelle tentative ensemble. C'est la beauté de Lisa, ma pierre précieuse dont l'éclat m'a toujours fait rêver mais que je ne pourrai jamais avoir. C'est le plus difficile à accepter.<br />
Quasiment 10 ans de vie qui semblent réduit à rien. Je ne pense pas que l'on puisse donner son cœur trop de fois dans cette vie, et chaque départ nous arrache quelque chose d'irrémédiable dont on sent l'absence, qui se rappelle à nous comme une douleur fantôme. Je crains la douleur de trop, amplifiée par la tendresse de notre abandon, qui pourrait briser quelque chose.<br />
</p>

<p>
Je pleure devant le papier à écrire d'elle ; mes yeux sont secs devant les siens qui imbibent mon t-shirt.<br />
</p>

<p>
Malgré moi, je suis attiré par la souffrance. J'aime ses larmes, l'intensité de ce qu'elle ressent, le fait d'être son ancre. J'ai ma place dans sa vie, celui qui stabilise, structure, celui auquel elle s'accroche pour respirer. C'est doux de pouvoir compléter quelqu'un, mais cette position est&#x2026; complexe à naviguer. C'est une forme de dépendance d'elle vers moi, mais qu'elle m'impose aussi, de moi vers elle. Tout autant qu'elle voudrait "être là" pour moi, ce n'est pas vraiment comme ça que ça marche. Les bonnes intentions sont balayées par sa nature profonde et je dois l'aider.<br />
Je dois être là.<br />
Je dois aider.<br />
</p>

<p>
Mon réflexe d'accompagner et de soulager devient pathologique. Tout chez elle semble appuyer sur mes nerfs pour le meilleur et pour le pire, elle utilise involontairement mes instincts pour aller mieux. Je me sens utilisé. Je me sens épuisé. Je deviens incapable de ne pas intervenir. Ses peurs me sont insupportables, je suis incapable de la laisser dans cet état. Ce n'est pas comme si ça se produisait tout le temps, mais l'usure s'ajoute à la précédente, même d'il y a quelques mois parce que le cycle est toujours le même et ne varie jamais. Lisa n'est pas quelqu'un qui change. L'usure devient indifférence pour prendre de la distance, qui n'est qu'une tentative de museler le mal-être profond de cette situation qui continue constamment à tirer sur une corde vitale. Je crois que mes doutes l'ont gardé dans un malaise lointain qui a continuellement nourri ses angoisses. Elle pouvait sentir mon instabilité comme une corniche en montagne, menaçant de rompre sous notre poids.<br />
</p>

<p>
Et je continue à passer les moments les plus doux avec elle. Ses gestes tendres continuent à adoucir mes pensées, toutes ses attentions pour moi, sa façon de prendre soin de moi. De me laisser la distance dont j'ai besoin, d'anticiper les plaisirs que je ne m'accorde pas, à déchiffrer mes attitudes avant que je ne les comprenne moi-même. Lisa est cette créature qui s'affaire autour de moi pour rendre le chemin un peu plus joli, pour épousseter ma tenue, pour parfumer notre vie.<br />
En regardant les étoiles le soir, assis côte à côte dans la douceur de la nuit sur le pas-de-porte de la terrasse, la beauté du moment et de notre intimité qui se passe de mots est telle que je me dis que ce serait un bon moment pour mourir.<br />
Je crois que j'ai toujours, quelque part, associé Lisa à la mort. Il y a quelque chose de tellement viscéral dans ses peurs qu'elles prennent le pas sur les miennes. M'occuper d'elle, c'est repousser constamment ce travail sur moi sous un motif noble, pouvoir attendre avant de bouger. Finalement, elle m'immobilise avec elle. J'ai toujours eu ce sentiment qu'une part d'elle s'imposait sur moi, qu'indirectement c'est moi qui me plie à elle, et pas l'inverse. Lisa n'est pas inflexible mais elle est crispée en place. Son corps maladivement tendu en témoigne.<br />
</p>

<p>
Ce que j'ai réalisé un jour avec Lisa en larmes, c'est que tout n'a pas à être aussi compliqué. Lisa rend la vie si difficile parfois, au point où je redoute les moments où elle rentre de voyage. C'est une pensée terrible de réaliser qu'on vit mieux sans quelqu'un, encore plus quand il s'agit de la personne qu'on a choisi pour partager sa vie. L'orage s'annonce, mais n'est sur soi que si on l'autorise. On peut repousser l'idée indéfiniment. Ce n'est pas comme si le quotidien n'était que négatif : on se raccroche aux belles choses qu'on partage, on remet à plus tard. Je n'ai jamais vraiment pu affronter les pleurs de Lisa, je ne fais que les laisser passer car je sais que mes pensées secrètes la feront souffrir, un peu plus. On finit par vivre en silence, en soi, à sentir cette distance qu'on a créée de nos mains grandir, mais dont le besoin se confirme régulièrement sans quoi ma proximité la brûle. Comme si mon corps était couvert de couteaux et m'empêchait de pouvoir la prendre dans mes bras, même en passant le reste de mon temps à envelopper chaque tranchant, en vain. Il y a toujours quelque chose qui perce.<br />
</p>

<p>
Je me sens malade du cœur. Je me traite avec la même compassion que j'ai quand je suis plié en deux : obligé d'être allongé dans le lit, à attendre que les douleurs passent. Mes pensées sont malades et meurtries. Ses gestes, ses attentions, sa tendresse me manquent. Ma place est avec elle, dans ses bras, dans sa vie.<br />
Pour autant, j'étais anéanti samedi, meurtri dimanche matin, déjà anesthétisé dimanche soir. Je suis blessé par la vitesse à laquelle je passe à autre chose. Je sens en moi que je perds prise sur Lisa, comme si je l'oubliais aussitôt qu'elle n'est pas régulièrement devant moi. Comme si ce que je ressens n'était qu'un mirage entretenu par la régularité. Est-ce que ça n'était pas déjà le cas avant où je ne ressentais rien à ses départs longs de la maison, si ce n'est du soulagement ? Une vraie respiration ?<br />
</p>

<p>
Je m'en veux. Je préfèrerais être anéanti. Je voudrais mourir pour nous et nous donner au travers de ma souffrance l'importance qu'on mérite, comme pour me punir. Cette violence à l'encontre de moi-même est toujours là, sous-jacente à tout pour donner du sens à ma vie.<br />
</p>

<p>
Je me sens lâcher prise avec Lisa à la même vitesse que je fonctionne, là où mon <i>spleen</i> exige un an de deuil. Ça ne prendra qu'un mois. Je suis blessé de ma propre façon de vivre les choses, parce que j'ai peur de ne pas l'aimer et j'ai besoin de preuves que je ne suis pas un monstre qui la traîne avec lui alors que sa dévotion, sa loyauté et son amour à elle me transpercent.<br />
</p>

<p>
Et au-delà de tout ça, la vie continue. J'aime sentir le soleil percer mes paupières closes, j'aime aller au marché goûter de nouvelles choses, me faire un nouveau chez-moi. La sensation que ma seconde vie commence devient très concrète, presque physique. J'observe cette ancienne vie qui semble porter les souvenirs d'un étranger, et emporter avec elle toutes les souffrances, toutes les errances et tous les doutes qui m'agitaient, me laissant une toile vide qui ne peut se décrire que par une absence de mots. Je me sens tellement distant de ces préoccupations qui dévoraient il y a encore peu chaque instant, comme si en lâchant prise, j'abandonnais ce que je voyais du monde pour ne le remplacer par rien. J'aime cette façon de suivre le cours des choses sans lui opposer de résistance, bien que j'aurai toujours un éclat particulier dans l'œil, je crois, en regardant les choses qui me quittent plutôt que celles qui m'accompagnent.<br />
</p>

<p>
Et pour Lisa, toujours un regard, une pensée, un sourire.<br />
</p>]]></content><author><name>Chris</name></author><category term="Blog" /><summary type="html"><![CDATA[Les ambivalences d'une séparation.]]></summary><media:thumbnail xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/" url="/2025-06-07T17.33.00%20-%20john-towner-3Kv48NS4WUU-unsplash.jpg" /><media:content medium="image" url="/2025-06-07T17.33.00%20-%20john-towner-3Kv48NS4WUU-unsplash.jpg" xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/" /></entry><entry><title type="html">Vision personnelle du féminisme</title><link href="/le-feminisme-aujourd-hui" rel="alternate" type="text/html" title="Vision personnelle du féminisme" /><published>2024-11-09T00:00:00+00:00</published><updated>2024-11-09T00:00:00+00:00</updated><id>/le-feminisme-aujourd-hui</id><content type="html" xml:base="/le-feminisme-aujourd-hui"><![CDATA[<p>
J'ai une librairie dans ma ville, tenue par deux jeunes femmes, dans laquelle j'aime aller. L'intérieur est petit, mais elles ont tenu à placer à l'entrée deux étagères complètes de livres sur le féminisme, le clito, la non-binarité, la transidentité, la déconstruction, etc&#x2026; C'est-à-dire qu'il y autant de livres féministes que de BD pour enfant. Un matin, j'ai demandé des recommandations de lectures pour partir de zéro au sujet du féminisme au sens large. Je voulais reprendre les bases du mouvement dans son histoire, sa culture, ses références, son langage, sa réception en société. J'ai tout acheté tout ce qu'on m'a recommandé et j'ai tout lu.<br />
</p>

<p>
Quand je suis arrivé sur ces livres, je m'attendais à ce que le féminisme soit fondé sur des racines et des observations objectives, mais que vu son ampleur actuelle, comme tout mouvement qui s'est popularisé à grande échelle, ses principes et ses idées aient été perverties. Plus un mouvement s'élève dans la masse, plus il perd en nuance. Il devient noir et blanc de force, comme si les milliers de mains qui le manipulent le polissent à chaque discussion, le rendant complètement lisse de toute aspérité. Je déteste ça. On se retrouve avec des idées vidées de toute substance mais répétées comme si elles disaient quelque chose de profond.<br />
</p>

<p>
Je définis le féminisme niveau zéro comme la frange pourrie mais populaire du féminisme, celle qui a été trop polie mais est facile à consommer. C'est généralement ce que j'observe sur les réseaux sociaux, à la télévision, dans les librairies, et dans mon entourage personnel et professionnel. Le fait que les libraires m'ayant recommandé des lectures m'aient donné en premier du féminisme niveau zéro n'est pas un hasard : c'est ce que les gens qui s'intéressent aux lectures féministes demandent.<br />
</p>

<p>
Toute une frange visible et très publique du féminisme n'est intéressée que par elle-même. Je trouve ça très révélateur que le féminisme ait explosé avec les réseaux sociaux. Je ne remets pas en question le fait que les réseaux aient permis de révéler l'universalité et la fréquence des difficultés rencontrées uniquement par les femmes, les observations du quotidien féminin sont intéressantes et méritent d'être discutées. Mais le sentiment de supériorité morale est un poison. Le féminisme de bas étage est un lot de personnes qui se pensent suprêmement bienveillantes : toutes leurs idées sont absolument bonnes, si l'on suivait leurs conseils, le monde serait guéri de tous ses maux. Qui voudrait s'opposer à la paix ? Les méchants qui veulent la guerre et veulent l'oppression des femmes.<br />
Si on est bien intentionné, il est naturel de penser comme eux.<br />
Si on est hésitant, c'est que l'on n'a pas encore compris le bien-fondé de leur lutte.<br />
Si on est contre eux, c'est qu'on est un violeur sexiste.<br />
</p>

<p>
Ce qu'a mis en lumière mes lectures féministes, c'est la profonde sociopathie de ces auteurs que j'ai lus, principalement. Leur stupidité, aussi. Là où je suis choqué du féminisme "public", c'est la quantité de contradictions évidentes dans le discours. Comment peut-on prétendre lutter contre le sexisme et faire régulièrement des sorties du genre "Les hommes sont des violeurs" en toute détente. Sexisme : <i>"Attitude de discrimination fondée sur le sexe."</i><br />
</p>

<p>
Leur absence de compréhension de la nuance, leur absence d'empathie, leur violence à peine refoulée contre 50% de la population mondiale m'inquiète. Connaître l'existence de toute cette frange du mouvement féministe me déprime par sa popularité, parce que je ne trouve rien pour le sauver. J'en arrive au point où je catalogue toute personne qui se revendique féministe comme probablement stupide. Rien que le fait d' "être féministe" me dérange. Le féminisme n'est pas une identité, c'est un courant de pensée, c'est une théorie qui se discute. Définir le féminisme comme quelque chose que l'on est signifie que si l'on critique le féminisme, alors on est critiqué soi-même. Ces personnes ont une réaction viscérale à toute critique ou remise en question de leurs idées, car c'est leur existence qui est en péril.<br />
</p>

<p>
Le féminisme vécu de cette façon, c'est le pire de la tribalité humaine qui s'exprime. Ces personnes se revendiquent féministes et en arborent tous les codes comme un badge d'honneur et en échange de leur participation (qui semble être composée à 90% de répétition ad nauseam des mêmes arguments mots pour mots, de censure totalitaire de toute opinion contraire et de la consommation obsessive de contenus allant dans leur sens), ils gagnent le droit à la supériorité morale. Tous ceux qui ne sont pas dans leur camp sont contre eux. Les hommes doivent montrer patte blanche. Les blancs doivent montrer patte blanche. Bien sûr les femmes, les peaux un poil sombre et les hommes gays sont admis d'office. L'hypocrisie de cette discrimination sur des critères aussi arbitraires que leur sexe, ce à quoi ils ressemblent, ou leur orientation sexuelle me sort par les yeux. Croire que les gays sont tous gentils et inoffensifs est aussi insultant que considérer que les maghrébins sont des voleurs.<br />
En aparté à se répéter cent fois : être féministe n'est pas un trait de personnalité. Être gay n'est pas un trait de personnalité. Être non-binaire n'est pas un trait de personnalité. Être blanc / noir / rouge n'est pas un trait de personnalité.<br />
</p>

<p>
J'aurais moins de problèmes si je voyais que ces personnes faisaient l'effort de raisonner par elles-mêmes, mais ce n'est pas le cas. Elles répètent tout ce qu'elles lisent comme un gospel, mot pour mot. Les auteurs s'entre-citent comme un chien qui mord sa propre queue pour justifier des arguments qu'ils partagent. Ces ouvrages féministes sont un amas d'études et d'auteurs en tout genre dont la seule utilité est de montrer que "si plein de gens en parlent, c'est que c'est vrai". Ils sont bourrés d'une malhonnêteté intellectuelle sournoise car elle peut passer comme des arguments bien construits. Les auteurs veulent tellement prouver quelque chose qu'ils ramassent même l'eau du caniveau si elle coule dans leur sens, à un point où ça en est ridicule. Mais ils sont aussi à fermer très très fort les yeux devant tout argument qui pourrait faire tomber tout leur château de cartes. La médiocrité de mes lectures n'est pas un point de vue personnel, il est objectif. Un argument n'est pas bon à partir du moment où il est de mauvaise foi et tombe en lambeaux à la moindre critique.<br />
</p>

<p>
L'absence totale de responsabilité que ces personnes revendiquent envers elles-mêmes me repousse, car ils utilisent l'argument que la société les pousse dans un moule comme un passe-droit pour expliquer tout ce qui ne va pas dans leur vie. Ils prônent la société comme créatrice de tous leurs problèmes, et demandent à ce que la société les règle tous également. Bien sûr que la société et la culture ont une influence colossale sur les comportements de chacun, c'est évident. Mais les féministes niveau zéro sont dans l'extrême opposé, tous leurs problèmes sont issus d'une cause extérieure à eux-mêmes. Comme c'est pratique. Tout devient une injustice ou un préjudice moral sur un aspect arbitraire de soi.<br />
Le rejet volontaire de toute remise en question, de toute volonté d'introspection ou de toute reconnaissance qu'ils font partie ne serait-ce qu'à un pour cent du problème est lunaire. Les féministes de bas étage sont terrifiés à l'idée de ne pas être égaux aux hommes, et cela se voit à leur lutte ardente pour remettre en question les différences biologiques entre hommes et femmes. Car si elles existent, alors les inégalités de traitement femmes / hommes sont justifiées par le fait que les sexes sont <span class="underline">réellement</span> différents. Ces féministes niveau zéro sont capables de nier la réalité la plus simple pour ne pas affronter l'idée que les femmes et hommes sont réellement inégaux. Le simple fait que seule la femme puisse enfanter est tellement énorme que toute la société s'est organisée autour de ça.<br />
Oui, c'est injuste : les femmes n'ont pas demandé à être les seules responsables biologiques de la grossesse, tout comme les hommes aimeraient peut-être en être capable pour être plus proche de leur paternité.<br />
L'égalité H/F est un mirage, seule l'équité peut primer. Je ne vois pas de sens dans le fait d'avoir autant de femmes que d'hommes dans le BTP qui demande une capacité physique beaucoup plus grande pour être efficace, par exemple. Curieusement, les féministes de bas étage ne s'intéressent jamais au BTP pour les femmes, mais plutôt aux postes de patronnes d'entreprise ou de directions. Comme si la notion d'égalité ne les attire que lorsqu'elle va dans leur intérêt. Je n'ai jamais autant rencontré de censure, d'opportunisme, de racisme et de sexisme que chez ceux qui prônent l'égalité.<br />
</p>

<p>
Le féminisme a fondamentalement des racines intéressantes ; je critique l'hypocrisie de personnes qui se cachent derrière une idéologie en pensant probablement œuvrer au bien commun, mais aussi par pur intérêt personnel et goûter à la supériorité morale qu'elle apporte. C'est une situation moralement grise. Tant qu'elles sont addictes à la supériorité morale, ces personnes n'ont aucun intérêt à comprendre l'autre. Elles continueront à clamer qu'un homme ne pourra jamais comprendre ce que c'est d'être une femme, mais se permettront d'établir des vérités sur ce que pensent les hommes. Elles continueront à tolérer la toxicité sexiste de femmes ou minorités envers les hommes, et à immédiatement intervenir dans le cas contraire.<br />
</p>

<p>
Je suis fatigué de ces personnes empoisonnées par une culture de société fondée sur la domination de l'autre. Elles reproduisent les mêmes schémas contre lesquels elles luttent. Le faible est <b>forcément</b> gentil, le fort est <b>forcément</b> méchant. Tout n'est vu que par ce prisme, et explique l'intégralité de leur comportement. L'État et les forces de l'ordre sont des tyrans, les minorités sont des anges. Pour renforcer leur influence, les féministes niveau zéro sont contraints de se rabaisser eux-mêmes constamment. Ils ne sont ni intéressés par sortir de leur misère revendiquée ni à faire changer les choses. La supériorité morale à laquelle ils sont addicts n'existe que s'ils se perçoivent comme inférieurs à l'homme, généralement blanc. L'auto-flagellation est une obligation pour ces personnes qui tirent beaucoup trop de plaisir à rappeler aux autres qu'ils vivent privilégiés, contrairement à eux féministes susceptibles d'être brûlés sur la voie publique d'un instant à l'autre.<br />
Je ne tolèrerai jamais ce public qui ne vit qu'au travers d'une inégalité qu'ils renforcent pour en tirer la gratification personnelle qu'ils recherchent. Les féministes de bas étage ne veulent pas non plus d'une réelle égalité car ils ne pourraient plus se cacher derrière leur prétendue impuissance. Ils perdraient la fondation même de leur identité, d'où leur extériorisation systématique de toute responsabilité vers un coupable. Ils doivent rester le plus impuissant possible. Les dernières phrases du livre "Futur·es" de Lauren Bastide ?<br />
<i>"Aujourd'hui, je choisis ces mots : on s'assoit par terre et on ne bouge plus. On ne bouge plus jusqu'à ce qu'ils aient compris."</i> <br />
Comique.<br />
</p>

<p>
Autant dire que si rien ne bouge et si leurs livres sont si nuls à chier, je ne suis pas surpris. Ces personnes sont soumises à une logique démente pour auto-justifier leur inaction. C'est un simulacre de lutte, un divertissement pour se sentir bien. C'est la course à la plus grande malhonnêteté intellectuelle. À partir du moment où les symptômes sont là, vous pouvez fermer le livre, le téléphone ou la bouche.<br />
Quand on réalise cette situation, ça n'a pas vraiment d'intérêt de discuter du contenu parce qu'il est par défaut vicié. Mes fréquentations féministes niveau 0 ont souffert de leurs interactions auprès d'hommes, et demandent à tous les suivants de se faire pardonner d'actes qu'ils n'ont pas commis au nom de leur sexe. Ils ne sont même plus identifiés en tant que personne à part entière. J'ai le sentiment que trop souvent, les blessures reçues sont attribuées au sexe, et non à la morale de la personne qui les inflige. On ne peut pas faire plus sexiste que ça.<br />
</p>

<p>
Je déteste cette vision conflictuelle des rapports humains qui séduit parce qu'elle est simple. Toute simplicité séduisante doit être suspecte. À entendre les féministes, les femmes ont toujours été impuissantes, des espèces de robots serpillères depuis des millénaires, qui sont continuellement restées dans l'ombre de l'histoire. Si personne ne prononce leur nom, alors elles n'ont jamais existé.<br />
C'est une vision tellement stupide que ça me peine de l'écrire. Les féministes niveau zéro sont tellement intoxiqués des médias modernes que tout ce qui n'est pas célébré publiquement n'existe pas. Comme si toutes les femmes avaient attendues leur arrivée pour faire quoi que ce soit. Être capable de croire avec cette arrogance moderne que tout ce qui ancien est arriéré, que les femmes d'antan était perdues, incapables de comprendre ce qu'elles subissaient est superbe pour tout le sexe qu'ils prétendent défendre. Tellement imbus d'eux-mêmes qu'ils suggèrent que les centaines de millions de femmes n'étaient que des domestiques, qui n'ont fait que plier du linge toute leur vie et chier des marmots. J'attends encore de rencontrer qui que ce soit capable d'un tel mépris envers les femmes qui ne soit pas féministe.<br />
</p>


<p>
Clamer que les femmes ne comprennent leur vie que depuis 150 ans est simplement profondément imbécile. L'inégalité dans l'exercice du pouvoir et des droits pendant l'Histoire n'a rien à voir avec ça.<br />
</p>

<p>
Les féministes claquettes sont incapables de nuance. Le féminisme de bas étage est un camion d'éboueurs qui circule pour collecter les déchets qui pourront croire à des promesses et des excuses aussi simplistes qu'insultantes pour eux-mêmes. Les roleplays victimaires ne m'intéressent pas. Il y a beaucoup à comprendre dans l'autre, mais cela demande une humanité qu'ils n'ont pas. Je m'agace quand leur mouvement prône l'intolérance, favorise la colère entre les sexes et ne pourrait pas être plus inefficace pour encourager un changement de comportement. Pourquoi le public se soucierait-il de vous alors que vous ne vous souciez même pas d'eux ? Leur nombrilisme est sans bornes.<br />
</p>

<p>
Le mouvement a réellement le goût de la dérive totalitaire et de la prise d'otage de la pensée. Ils sont empoisonnés. Leur capacité d'action n'existe que dans le regard de l'autre, d'où leur emphase sur les injonctions de la société qui pèsent sur eux comme une enclume. Ils sont sursocialisés, incapables de ne pas répondre à une demande implicite perçue. Leur mépris pour tout ce qui leur semble inférieur à eux est détestable dans sa façon de se transformer en bienveillance hypocrite (comme les minorités qui ont "besoin" d'eux pour s'exprimer, par exemple).<br />
</p>

<p>
C'est un vrai pétard mouillé. J'accorde trop d'importance à un mouvement sans importance, et cela m'use. L'effet de masse est trop important, c'est incroyable comment faire croire à quelqu'un que tout le monde est d'accord avec soi permet de diffuser une idée. J'ai probablement passé plus de temps et d'efforts que beaucoup de "féministes" pour comprendre comment leur mouvement fonctionne. En tout et pour tout, ça n'a strictement aucune importance. J'en ressors juste plus déçu qu'au départ, j'aurais mieux fait de rester immobile.<br />
</p>

<p>
<br />
</p>

<hr />

<p>
<br />
</p>

<p>
<b>Liste de non-lecture :</b><br />
</p>
<ul class="org-ul">
<li><b>Lauren Bastide - Futur·es</b><br />
La pire chose que j'ai lue de ma vie, toute catégorie confondue. L'auteure est violente, malveillante, et d'une réelle bêtise. Ce livre est très bien noté en ligne. La première chose que les libraires m'ont conseillé pour comprendre le féminisme aujourd'hui.<br /></li>
</ul>

<p>
<br />
</p>

<ul class="org-ul">
<li><b>Élise Thiébaut - Les écoféministes</b><br />
Vide de toute substance. Les femmes étant opprimées, si elles étaient au pouvoir, elles seraient à l'écoute des opprimés, c'est-à-dire les animaux, les arbres, la nature. Dans quel monde vivent-ils ? Elle propose aussi des projets de société où les femmes vivent uniquement entre elles. Je ne comprends même pas l'intérêt de l'exercice dans sa forme abstraite.<br />
Pour parler d'une auteure féministe, elle est obligée de préciser qu'elle est morte d'un cancer du sein, comme si c'était à nouveau une agression contre la femme. Ces façons d'écrire ne sont pas anodines, de tout faire passer comme des féminicides. C'est comme si la vie s'acharnait contre la femme. Elle est morte d'un cancer du sein, ce n'est pas la faute des hommes. Et placer ça de façon innocente au milieu d'un texte qui parle d'hommes et de la place de la femme, c'est complètement à charge. Ça m'énerve de médiocrité intellectuelle.<br /></li>
</ul>

<p>
<br />
</p>

<ul class="org-ul">
<li><b>Mathilde Larrère - Rage against the machisme</b><br />
Cas typique du livre de gare féministe : un titre en jeu de mots pourri, une couverture avec une femme qui montre son biceps de bonhomme.<br />
Honnêtement, il n'y a rien à en tirer. Ce ne sont que des exemples. En fait, ce sont des gens qui sont tellement dans le camp du bien qu'ils n'ont plus rien à dire, ils n'expliquent même plus ce qu'ils veulent dire. Ils font juste des exemples. Les hommes ont fait ci. Une loi a été votée en 1842. Les femmes ont fait la guerre. Que veut-elle dire ? Où veut-elle en venir ? Les femmes sont fortes ? Les hommes sont des bâtards ? Sa grand-mère est une sorcière ? C'est une vraie maladie des livres féministes.<br />
Ce livre ne s'adresse qu'à des gens déjà convaincus qui veulent s'entendre répéter leur propre propagande. Il est insipide pour quiconque cherche à apprendre quoi que ce soit, et conforte les opinions du bon soldat.<br /></li>
</ul>

<p>
<br />
</p>

<ul class="org-ul">
<li><b>Gisèle Sapiro - Peut-on dissocier l'œuvre de l'auteur ?</b><br />
<span class="underline">Réponse de l'auteure :</span> oui et non. Oui car l'œuvre appartient à celui qui la regarde. Non car l'auteur qui l'a créée a infusé l'ensemble de son expérience de vie, c'est-à-dire qu'il y a toujours un peu de lui, pour le meilleur et pour le pire. Il fallait bien 20 balles et 250 pages pour ça.<br /></li>
</ul>

<p>
<br />
</p>

<p>
<b>Liste de lectures pauvres :</b><br />
</p>
<ul class="org-ul">
<li><b>Francis Dupuis-Déri - La crise de la masculinité</b><br />
<span class="underline">Résumé :</span> crier à la crise ne signifie pas qu'il y en a une. L'auteur retrace l'histoire pour montrer que les hommes seraient en crise depuis des centaines d'années, et utilisent toujours les mêmes arguments quand leur position est menacée. Très académique, l'auteur déroule la même chose en boucle sur 300 pages là où les 40 premières résument tout son travail. Souffre d'un certain biais pour des arguments féministes niveau zéro qui me font douter de sa recherche, mais reste un travail de recherche impressionnant, riche, et qui pousse à la réflexion.<br /></li>
</ul>

<p>
<br />
</p>

<ul class="org-ul">
<li><b>Eva Illouz - La fin de l'amour</b><br />
Je ne comprends pas où l'auteure veut en venir. Qui sont tous ces auteurs féministes qui n'expliquent jamais ce qu'ils essaient de communiquer ? C'est une suite sans fin d'exemples en tout genre, comme si la leçon à comprendre était explicite.<br /></li>
</ul>

<p>
<br />
</p>

<p>
<b>Liste de lecture :</b><br />
</p>
<ul class="org-ul">
<li><b>bell hooks - Théorie féministe</b><br />
Le livre qui vient sauver le reste. L'auteure est patiente du genre humain, avec une grande lucidité. Elle est une auteure de référence dans la sphère féministe au global. Drôle comment elle tire à vue sur des femmes comme Lauren Bastide et Élise Thiébaut en décrivant leur comportement comme nocif au mouvement féministe et aux relations H/F ; pourtant, les deux la citent très souvent. Toujours le même problème de conscience de soi, un peu comme le puant qui est le seul à ne pas se sentir.<br /></li>
</ul>
<p>
<br />
</p>

<ul class="org-ul">
<li><b>Pascal Gygax, Sandrine Zufferey, Ute Gabriel - Le cerveau pense-t-il au masculin ?</b><br />
Belle lecture sur l'écriture inclusive, écrite avec une envie énorme de bien faire et d'être bien comprise. Remplie de bonne volonté. L'argumentation est claire, concise, et les conclusions des auteurs sont clairement exprimées. Rien n'est caché. Les conclusions faites me semblent saines. J'y suis venu avec des à priori sur l'écriture inclusive, j'en ressors informé et avec l'impression de bien en comprendre les enjeux.<br /></li>
</ul>

<p>
<br />
</p>

<p>
<b>Plaisir personnel :</b><br />
</p>
<ul class="org-ul">
<li><b>Tal Madesta - La fin des monstres</b><br />
J'ai été surpris de ce récit sur le parcours dans la transidentité de l'auteur. Ça m'a beaucoup touché, je me suis senti concerné à ma façon. J'ai eu l'impression de partager beaucoup des douleurs de l'auteur et que j'aurais pu l'écrire de la même façon. La sensation très jeune que quelque chose cloche. Le sentiment de n'être pas à sa place qui s'intensifie. La souffrance de savoir qu'on ne fera jamais partie des autres. Le rappel quotidien par une infinité de détails que l'on n'est pas à sa place. L'incompréhension quand on essaie de s'exprimer sur le sujet. La façon d'utiliser des métaphores, aussi.<br />
Je n'avais pas compris l'intensité de la douleur que ces personnes traversent, je crois. C'est un récit avec beaucoup d'humanité, mais écrit à vif. Il m'a marqué.<br /></li>
</ul>]]></content><author><name>Chris</name></author><category term="Notes perso" /><summary type="html"><![CDATA[Récit d'une déception personnelle]]></summary></entry><entry><title type="html">Guide de survie dans la société moderne - Ma recette pour briller</title><link href="/guide-de-survie-dans-la-societe-moderne" rel="alternate" type="text/html" title="Guide de survie dans la société moderne - Ma recette pour briller" /><published>2024-09-07T00:00:00+00:00</published><updated>2024-09-07T00:00:00+00:00</updated><id>/guide-de-survie-dans-la-societe-moderne</id><content type="html" xml:base="/guide-de-survie-dans-la-societe-moderne"><![CDATA[<div id="table-of-contents" role="doc-toc">
<h2>Table des matières</h2>
<div id="text-table-of-contents" role="doc-toc">
<ul>
<li><a href="#orgcc808e4">Synthèse de ma réflexion</a></li>
<li><a href="#org5ae2836">Définition du système industriel-technologique</a></li>
<li><a href="#org84ea55b">En quoi le caractère addictif de la technologie est un mal ? Comment de telles avancées ne peuvent être autre chose que positives ?</a></li>
<li><a href="#orgba33312">Comment se perpétue le système ? Un aparté sur le système éducatif</a></li>
<li><a href="#org5ecd623">Le système ne permet la diffusion que de ce qui lui est inoffensif, ou le réprime, ou le détourne à son avantage</a></li>
<li><a href="#org38e7a55">L'individualisation générale</a></li>
<li><a href="#orgd275d1c">Propagande et réseaux sociaux</a></li>
<li><a href="#orga5c8dcb">Qu'est-ce que la vitesse des interactions ?</a></li>
<li><a href="#org53353a9">Tuer l'imagination pour la contrôler</a></li>
<li><a href="#org0e431b9">Cas d'étude de la mort de l'imaginaire : la pornographie</a></li>
<li><a href="#org7c66e2f">L'Homme moderne est impuissant</a></li>
<li><a href="#org47b0712">L'influence du système sur l'individu ne peut-elle pas être bénéfique ?</a></li>
<li><a href="#org9967598">Briser le lien entre le corps et l'esprit</a></li>
<li><a href="#org27b0a0a">Peut-on lutter contre le système ?</a></li>
<li><a href="#org705190f">Comment retrouver une indépendance d'esprit ? Une capacité d'action ?</a></li>
<li><a href="#org0779f4a">Inspirations</a></li>
<li><a href="#org43ed499">FAQ</a>
<ul>
<li><a href="#org1fd62ce">L'auteur a-t-il un problème avec l'autorité ?</a></li>
<li><a href="#org9629e23">Si le système n'a pas de volonté propre, comment expliquer que l'ensemble d'une population se comporte de la même façon si personne ne la force à se comporter ainsi ?</a></li>
<li><a href="#orgac029fc">Est-ce un mal de se laisser porter par les rêves du système si l'on vit mieux avec ces nouveaux rêves qu'avant ?</a></li>
<li><a href="#org52984a7">Est-ce vraiment la pornographie qui façonne les pratiques sexuelles ou l'inverse  ?</a></li>
<li><a href="#org4239253">Quelle est la vision personnelle de l'auteur ?</a></li>
<li><a href="#org02d0ebd">Le système penche-t-il vers une dérive totalitaire ?</a></li>
<li><a href="#org1218a50">Quelle serait une alternative éducative souhaitable pour l'être humain ?</a></li>
</ul>
</li>
</ul>
</div>
</div>
<br />

<div id="outline-container-orgcc808e4" class="outline-2">
<h2 id="orgcc808e4">Synthèse de ma réflexion</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-orgcc808e4">
<p>
L'essentiel de ma réflexion est ici, le reste de ce texte développe les points de détails. <a href="https://existential-chris.com/dabord_les_jambes_ensuite_la_tete">Finalement, je l'ai écrit, cet article.</a><br />
</p>

<ol class="org-ol">
<li><p>
Chaque personne est unique et a des aspirations, des rêves, des spécificités qui lui sont propres. Je pense qu'il est un devoir moral de s'accomplir et de s'épanouir dans ce qui fait notre particularité en tant qu'individu. À mon sens, chacun vivrait mieux en se rapprochant de ses aspirations profondes.<br />
</p>

<p>
Pour autant, en tant qu'être humain, notre comportement est soumis à notre environnement. C'est une réalité biologique que l'on ne peut pas dépasser même avec la plus grande volonté.<br />
Je vois la société moderne laisser une marque étrangère sur ma conscience qui tend à m'éloigner de mes aspirations profondes, et j'observe son fonctionnement à large échelle, sur l'ensemble de sa population.<br />
</p></li>

<li><p>J'étudie le système industriel-technologique comme je le ferais d'un animal qui répond aux sollicitations de son environnement. J'observe comment il utilise la technologie pour s'immiscer dans le quotidien de chaque individu et le rendre dépendant à une volonté qui ne dépend plus de lui.<br /></p></li>

<li><p>Je suggère que le système a évolué pour minimiser la capacité d'attention et d'imagination de sa population afin de la rendre docile, facilement suggestible et apte à évoluer dans le cadre qu'il lui propose. En d'autres termes, je propose que la société moderne modèle sa population pour qu'elle soit satisfaite de ce qu'elle lui offre, sans regard pour ce dont chacun a besoin pour s'épanouir. Cela obéit à une logique de survie pour le système, qui a besoin de cette fondation pour perdurer dans le temps.<br /></p></li>

<li><p>Le système industriel-technologique est par nature hégémonique, c'est-à-dire qu'il va chercher à se diffuser le plus largement possible pour alimenter sa croissance. Pour durer dans le temps, il n'a pas d'autre choix que de contrôler sa population en la rendant dépendante de la technologie qu'il crée.<br /></p></li>

<li><p>Les médias, sous toutes leurs formes, sont les créateurs des <b>codes</b> du désir. Ils forment des fantasmes pour une démographie ciblée.<br /></p></li>

<li><p>L'être humain est naïf, et a besoin de conformité. Son désir est utilisé comme une arme. Le désir dépasse la conscience de l'Homme, et il détermine toute décision à sa place, même s'il a l'impression d'être maître de lui-même. L'influence du système sur l'être humain n'est en cela pas visible, car elle touche au désir. Une société désirable est une société docile.<br /></p></li>

<li><p>La technologie a remplacé l'imagination individuelle et collective. En brisant la capacité d'attention de l'individu, la technologie atrophie également son imaginaire et sa capacité d'introspection. L'imaginaire devient pénible à concevoir. Or, avec la technologie et la culture de l'image qu'elle véhicule, il n'y a plus besoin de <b>générer</b> le fantasme. Il n'y a <b>pas</b> de fantasme. La technologie donne l'<b>ILLUSION</b> du fantasme, qu'elle remplace.<br /></p></li>

<li><p>L'être humain devient par réflexe un consommateur, c'est-à-dire un acteur passif. Il prend l'habitude de suivre une direction dictée par une autorité extérieure : les médias. C'est la dictature de la voix passive. L'être humain ne se détermine plus, il ne crée qu'au travers des éléments qu'on lui donne. D'où le fait que la popularisation de la pornographie soit symptomatique de notre époque : on ne fuit plus la réalité vers le fantasme, c'est le fantasme (véhiculé par les médias) qui façonne la réalité. On préfère fuir <b>vers</b> la réalité, car l'imaginaire est devenu hostile. On préfère tuer l'imaginaire plutôt que le vivre.<br /></p></li>

<li><p>Cette impuissance de l'individu le conduit à perdre prise sur sa propre vie. Il perd également de vue ses aspirations personnelles, remplacées par les aspirations servant le système. Il est difficile de reconnaître l'étendue de l'influence du système en chacun tant l'être humain se conforme aux désirs portés par son entourage et son environnement, eux-mêmes modelés selon le système.<br /></p></li>

<li><p>L'individu est influencé par une volonté puissante et extérieure, dont les objectifs ne vont pas dans son sens. Le système tend à uniformiser sa population dans sa culture, ses codes, et sa façon de vivre le monde. Si l'individu ne s'en rend pas compte, il est possible de passer à côté de soi et de ne jamais s'accomplir en tant qu'être humain avec ses aspirations propres. La Société est un rouleau compresseur qui n'obéit qu'à elle-même.<br /></p></li>

<li>Pour s'accomplir, je propose un modèle d'hygiène technologique à suivre pour questionner son rapport à la technologie, et ses apports dans notre quotidien, afin que la technologie soit à notre service, et non pas l'inverse. À défaut de pouvoir transformer le système dans lequel on vit, il faut pouvoir vivre sainement dans ses codes et comprendre comment il conditionne notre vie.<br /></li>
</ol>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org5ae2836" class="outline-2">
<h2 id="org5ae2836">Définition du système industriel-technologique</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org5ae2836">
<ol class="org-ol">
<li value="12">Le système industriel-technologique moderne répond à des incitations qui vont diriger son développement. J'utilise le mot système comme un mot-valise pour définir toutes les organisations humaines vues à très large échelle, comme s'il s'agissait d'une entité à part entière. J'y inclus tout ce qui permet à son fonctionnement, ses entreprises, sa population, ses réseaux, ses moyens de communication, ses transports&#x2026; Il s'applique à l'ensemble des sociétés dans les pays "développés".<br /></li>

<li><p>
Le système n'a pas de volonté propre, il n'est pas dirigé. Il n'y a pas de grand méchant capitaliste œuvrant dans l'ombre, ou quelqu'un désirant quelque chose de la population. À la manière de la théorie de la sélection naturelle présentée dans l'Origine des Espèces de Darwin, il faut voir le système comme un être vivant qui ne fait que répondre à son environnement et aux incitations qui en découlent. Il n'a pas de libre-arbitre.<br />
Par exemple, dans un système où les expériences les plus désirées sont les plus chères, il devient <b>naturel</b> qu'il y ait une lutte générale pour être riche.<br />
</p>

<p>
Dans le monde animal où la moindre blessure peut signifier la mort par infection, il est <b>naturel</b> que les animaux ne combattent qu'en dernier recours. C'est une application simple d'un principe de rétroaction, c'est-à-dire que la conclusion influence l'action (le risque de mort est trop grand, donc je ne combats pas).<br />
</p></li>

<li>Le système est le fruit des millions de personnes qui le constituent. Paradoxalement, chaque personne contribue individuellement à lui donner une direction chaque jour, mais l'impact de chacun est microscopique à l'échelle globale. La capacité réelle d'action de chaque individu sur le système est nulle. Chacun subit le système autant qu'il en fait partie.<br /></li>

<li><p>
Le cœur du système, c'est le progrès. Une fois qu'une avancée (médicale, sociale, alimentaire&#x2026;) est acquise, il est considéré injuste de revenir en arrière. L'être humain reste un animal avec des réflexes primitifs d'accumulation, des besoins de sécurité, des besoins sociaux dont il ne se sépare que s'il y est obligé.<br />
Par exemple, si l'on est capable de sauver un enfant d'un cancer, comment refuser de le soigner ? Comment accepter de n'en soigner qu'un, alors qu'on pourrait en soigner dix ? Toute avancée devient définitive. Ce qui était l'exploit d'hier devient avec les générations suivantes la normalité d'aujourd'hui. Il est acquis que c'est un point de départ pour la progression attendue.<br />
</p>

<p>
En cela est le caractère <b>addictif</b> de la technologie. Le "progrès" est attendu, souhaité, encouragé, normalisé.<br />
</p></li>

<li><p>
<b>La propre du système industriel-technologique, c'est son caractère HÉGÉMONIQUE. Il tend à vouloir s'imposer partout, le plus largement possible.</b><br />
</p>

<p>
Comment refuser de vivre plus longtemps, en meilleure santé avec ses proches ?<br />
Comment refuser d'avoir mieux pour le même prix ?<br />
Comment imaginer autre chose que des rapports monnayés qui ont prouvé leur efficacité depuis des centaines d'années ?<br />
</p>

<p>
C'est là l'hégémonie du système. Il ne s'impose pas. Il devient <b>INÉVITABLE</b> car il prend en charge le confort du quotidien. Ses contreparties, elles, ne sont pas visibles au premier regard. Une fois qu'elles le sont clairement, il est déjà trop tard : aucun retour en arrière n'est possible.<br />
</p></li>
</ol>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org84ea55b" class="outline-2">
<h2 id="org84ea55b">En quoi le caractère addictif de la technologie est un mal ? Comment de telles avancées ne peuvent être autre chose que positives ?</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org84ea55b">
<ol class="org-ol">
<li value="17"><p>
<b>Toute technologie a une contrepartie négative aussi grande que ses possibilités positives.</b>  La technologie appliquée à la surveillance en est un bon exemple.<br />
</p>

<p>
Les acteurs étatiques ne <b>peuvent pas</b> ne pas utiliser tous les outils à leur disposition car leur incitation est de tendre vers la plus grande efficacité pour gouverner. Un État n'est pas raisonnable. Une société répond à ses besoins <b>immédiats</b> avec les outils à sa disposition. Ainsi, Internet est devenu en parallèle de ses avancées un outil de propagande, de surveillance, et de contrôle de masse. Plus l'outil est puissant, plus ses dérives seront aussi prodigieuses que ses avancées.<br />
</p></li>

<li><p>
De la même manière, la promesse d'origine de la voiture de masse était de permettre à chacun d'être autonome, d'aller plus loin, de gagner du temps.<br />
</p>

<p>
Elle a redessiné le monde en éclatant les villes et villages en leur permettant de s'étendre sur de plus longues distances, réduisant la gain de temps de trajet initial. Se véhiculer n'est plus un choix sur de telles distances : la voiture est devenue <b>INDISPENSABLE</b>. Tout a fini par se construire autour d'elle. Les villes, les activités, la culture. Là où l'Homme était libre de son déplacement piéton auparavant, où son quotidien pouvait être fait à pied, il devient <b>forcé</b> de se véhiculer pour vivre. Donc forcé de travailler pour s'acheter un véhicule pour aller travailler, acheter du carburant, l'entretenir, et rester un maillon du système.<br />
</p>

<p>
On peut arguer que d'autres moyens de transport existent - bus, train, vélo&#x2026; - mais les infrastructures dominantes terrestres sont entièrement tournées vers la voiture ou toute autre alternative motorisée <b>roulante</b>, illustrant le degré de verrouillage que l'on a dans cette direction initiée par le modèle de la voiture. Les coûts du transport restent obligatoires dans la majorité des cas où un logement ne peut être trouvé à proximité du travail, de l'école, de la famille, des amis.<br />
</p>

<p>
Je n'affirme pas que la voiture n'a aucune application positive, mais que ses conséquences économiques, sociales, technologiques, sont importantes et que leur coût est passé sous silence.<br />
</p></li>

<li><p>Les innovations de rupture du système industriel-technologique sont plus en plus importantes. La production massive de l'acier, le transport de masse, Internet, prochainement l'intelligence artificielle, à terme l'eugénisme semblent être un parcours tracé. Il me semble être une position difficilement tenable de refuser de prévenir des malformations chez des enfants encore en gestation lorsqu'on en est capable. Tant que nous n'en avons pas la capacité, l'éthique du refus de la manipulation génétique peut se cacher derrière une moralité douteuse, car facile affirmer tant qu'elle n'est pas mise à l'épreuve. Lorsque la possibilité sera là, ce verrou ne tiendra pas longtemps. Une fois que l'acte sera normalisé, pourquoi laisser à la chance la naissance d'enfants imparfaits quand on sait pouvoir atteindre l'optimum génétique leur garantissant un avenir ?<br /></p></li>

<li><b>Le système tire l'Homme dans son sillage en rendant toute alternative trop pénible pour être choisie sans effort d'adaptation important.</b><br />
Comme avec la diffusion de la voiture et d'Internet, la technologie s'impose au fil des générations dans notre quotidien. Son emprise se resserre au point où s'en passer devient synonyme d'exclusion. Ne pas avoir de smartphone aujourd'hui n'est pas impossible, mais demande un effort chaque jour pour accéder à l'ensemble des services numérisés. L'être humain tend toujours vers le chemin de facilité par efficience. C'est son incitation, et le système lui prodigue les moyens de faciliter son quotidien par la technologie. En observant cette situation de très haut, l'être humain n'a pas le choix que de se soumettre au système technologique dont les avancées sont trop séduisantes pour être refusées. C'est un faux choix individuel.<br /></li>
</ol>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-orgba33312" class="outline-2">
<h2 id="orgba33312">Comment se perpétue le système ? Un aparté sur le système éducatif</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-orgba33312">
<ol class="org-ol">
<li value="21"><p>Nous continuons avec l'analogie animale sur le modèle de Darwin. Pour se perpétuer, le système, pour se développer de façon optimale, a besoin de <span class="underline">stabilité</span>. C'est le propre de tout système que de chercher son équilibre au travers de différents moyens permettant de favoriser sa stabilité, et d'assurer sa reproduction.<br /></p></li>

<li><p>L'éducation est le moyen clé du système pour inculquer à l'enfant le plus tôt possible la discipline et le respect de l'autorité. Toute la base du système repose sur l'acceptation implicite d'une <span class="underline">hiérarchie</span> : la maître d'école sait, les enfants écoutent. Il doit être respecté pour son statut supérieur aux enfants. La notion hiérarchique fonde la grande majorité de l'organisation actuelle du système. Certaines personnes sont supérieures aux autres dans leur fonction, donc il est normal de leur obéir. <b>On accepte cette façon qu'une autorité extérieure puisse dicter notre conduite et que son ordre soit final.</b><br /></p></li>

<li>L'éducation permet de fournir au système des travailleurs dociles, non-violents, stables, et qualifiés. Ils sont nécessaires à la perpétuation du système, donc une grande importance est donnée à l'éducation dans toutes les sociétés. L'éducation n'a pas vocation principale d'être utile ou efficace, mais de garder occupé les enfants jusqu'à leur majorité afin de libérer les parents du besoin de garder leurs enfants afin qu'ils puissent travailler. Une fois majeurs, ils seront aptes à leur tour à travailler. C'est une application de la notion de contrôle : l'important n'est pas le résultat - être éduqué -, mais le processus - garder actif dans un théâtre d'éducation -.<br /></li>

<li><p>Le système éducatif permet d'habituer les enfants au travail parce qu'il a été demandé. Il les habitue à travailler dans un système absurde qui ne doit pas être questionné. Dans le système éducatif commence la notion d'<sub>impuissance</sub>_ personnelle. Il conditionne à l'inaction et au fait de ne pas réfléchir pour soi-même, mais pour une autorité. L'élève doit être un simple exécutant dans l'espace qui lui a été désigné.<br /></p></li>

<li>C'est aussi le rôle des professeurs de faire rentrer dans le rang les éléments perturbateurs ou hors du moule attendu. C'est là la plus grande force du système éducatif : rendre normal de travailler pour travailler, parce qu'une autorité l'a demandé.<br /></li>

<li><p>
<b>L'incitation du système éducatif n'est pas dans l'<sub>efficacité</sub>_ de l'éducation.</b> Il n'est pas récompensée pour cela. Tout est vu sous le prisme de l'autorité et des valeurs transmises, de la carrière professionnelle future. L'entreprise sera la prochaine autorité dans la vie de l'enfant. Les réformes successives du système éducatif seront systématiquement insuffisantes pour palier un verrou structurel du système, qui ne permet ni d'inculquer efficacement la connaissance aux jeunes, ni de les guider vers une voie qui leur corresponde.<br />
</p>

<p>
Le système éducatif n'a qu'une fonction de représentation de l'autorité. Il est là pour graver le plus tôt une <span class="underline">façon</span> de voir le monde, pour que toutes les expériences soient vues par défaut à travers ce prisme, et pas autrement. La majorité des personnes ne remettront pas d'elles-mêmes en question leur conception du monde.<br />
</p></li>

<li>Il ne faut pas que les élèves soient bons en Maths, il faut que leurs <span class="underline">notes</span> soient bonnes. Dès qu'un indicateur de qualité devient un objectif, il cesse d'être un bon indicateur. Il suffit de changer la façon d'évaluer les élèves pour satisfaire le critère demandé sans avoir à améliorer les méthodes d'apprentissages.<br /></li>

<li><p>L'éducation a été retirée de la sphère familiale pour rentrer dans un seul programme monolithique obligatoire pour tous. Il ne <span class="underline">pouvait pas en être autrement</span> pour perpétuer le système qui recherche l'unité, donc une uniformisation de sa population. Il ne peut tolérer des identités régionales, familiales, fortes suffisamment fortes capables d'agir en contre-pouvoirs.<br /></p></li>

<li><p>
On pourrait rétorquer que l'éducation obligatoire a fait grand bien aux enfants, qu'elle a permis de supprimer le travail des enfants, qu'elle a permis tous les progrès sociaux récents. Qu'il serait impensable de retourner en arrière dans une vie perçue comme "arriérée".<br />
</p>

<p>
Premièrement, comme tous les éléments débattus ici, le système éducatif a bien sûr des effets positifs, à la hauteur des effets négatifs. Ce qui est critiqué, c'est que l'éducation est le reflet du système qui la dirige, or elle pourrait en être autrement.<br />
</p>

<p>
Deuxièmement, ce mode de réflexion, c'est précisément la rhétorique du système industriel-technologique. Tout ce qui était avant est écrasé par le quotidien. Il n'existe qu'une seule voie : en avant.<br />
</p></li>
</ol>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org5ecd623" class="outline-2">
<h2 id="org5ecd623">Le système ne permet la diffusion que de ce qui lui est inoffensif, ou le réprime, ou le détourne à son avantage</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org5ecd623">
<ol class="org-ol">
<li value="30">Tant que le système n'est pas prêt à laisser apparaître un courant de pensée, il le réprimera jusqu'à ce que les circonstances soit plus favorables ou que le courant de pensée, pour exister publiquement, s'intègre au système. Toute action radicale est réprouvée et combattue au nom des valeurs prônées par le système.<br /></li>

<li><p>Toute action inoffensive est encouragée. Prendre un ticket sur la liste d'attente pour apparaître sur les médias (TV, radio, presse, réseaux sociaux&#x2026;) est précisément jouer de la <span class="underline">façon</span> dont le système pratique la diffusion de ses idées. C'est la garantie qu'aucune action radicale ne sera entreprise, car sinon le poids médiatique permettant sa visibilité la réprouvera avec la même violence. L'impact dans la société de cette visibilité est faible, et lent. Surtout, le narratif rentrera dans les attentes du système.<br />
Peu importe le fond ou la forme du propos, l'important est toujours la <span class="underline">façon</span> dont il est amené : des personnes seront sensibilisées à une cause en s'informant via les médias, ce qui va dans le sens du système.<br /></p></li>

<li>Par exemple, le courant féministe moderne (publique, débattu dans les instances de pouvoir, médiatisé) n'a pu apparaître qu'une fois que le système était prêt à le laisser apparaître. C'est le fruit des nombreuses années de luttes passées qui a permis d'atteindre le stade actuel et la visibilité de la lutte féministe, mais sa forme actuelle, même revendiquant une révolution, est inoffensive.<br />
À la façon du féminisme "libéral", se penser anti-système mais jouer selon ses règles est précisément en faire partie. Ne sera toléré que ce qui lui reste inoffensif structurellement. Une des grandes forces du système est de détourner les idéologies initialement contraires à sa direction pour les développer en son sens, et donner un moyen d'expression contrôlé aux contestataires.<br /></li>

<li><p>L'existence de groupe d'opposition au système n'est pas un contre-exemple de la répression du système. Le système n'a que faire de l'idéologie tant qu'elle accompagne sa direction. Au contraire, les groupes d'opposition sont une contrebalance nécessaire pour apaiser la frustration sociale et donner à la population un moyen d'expression d'une colère. C'est un outil pour apaiser la frustration. Tant que les actions des groupes d'opposition ne sont pas radicales, ou ne mettent pas en danger les fondamentaux du système, ils serviront un rôle dans la perpétuation du système.<br /></p></li>
</ol>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org38e7a55" class="outline-2">
<h2 id="org38e7a55">L'individualisation générale</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org38e7a55">
<ol class="org-ol">
<li value="34">L'éclatement du noyau familial et géographique est favorable à la Société technologique : quand chaque individu est isolé, quand les communautés d'antan disparaissent, il n'existe plus de contre-pouvoir autonome et capable d'une cohésion suffisante pour projeter de nouvelles idées. La technologie <span class="underline">s'empresse</span> de combler ce vide : la famille moderne ne peut exister qu'à travers ses moyens de communication. Les réseaux sociaux et les médias plus largement ont une place incontournable aujourd'hui dans le lien social, et contribuent à séparer les individus, à atomiser la société.<br /></li>

<li><p>C'est pourquoi les communautés religieuses sont un tel problème pour le système, car elles n'obéissent qu'à un pouvoir dont elle est totalement étrangère, et d'une autre époque. La religion, les traditions donnent une cohésion très forte à des groupes dont l'identité culturelle et ethnique revendiquée est un frein à l'uniformisation culturelle globale poussée par le société mondialisée. Éclater les familles, les régions, les langues vers un modèle universel, c'est réduire l'être humain à un seul modèle facilement contrôlable et calibré pour accepter l'autorité du système.<br /></p></li>

<li>Lorsque l'on parle d'un système à large échelle, je m'exprime en généralité, c'est-à-dire en une multitude influencée dans une direction. À l'échelle de chaque personne prise individuellement, la variabilité est énorme : certaines personnes se reconnaîtront dans certaines caractéristiques, d'autres non. La réduction de l'individu à un collectif fait perdre en nuance, et pour entrer en profondeur dans le sujet, demanderait de prendre des communautés au cas par cas, ce qui n'est pas l'objectif ici.<br /></li>
</ol>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-orgd275d1c" class="outline-2">
<h2 id="orgd275d1c">Propagande et réseaux sociaux</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-orgd275d1c">
<ol class="org-ol">
<li value="37">L'être humain est sensible à la suggestion. C'est un processus sur lequel il n'a aucun contrôle. Par l'exposition répétée à certaines idées, elles prennent racine dans la population. Beaucoup de personnes se disent insensibles au marketing car elles ne se pensent pas intéressées par l'idée ou le produit en question. Sauf qu'elles viennent d'y réfléchir. Le marketing n'œuvre pas seulement dans un résultat (= l'achat, la fidélisation) mais aussi dans un processus (= habituer un consommateur à recevoir des suggestions) afin qu'une <span class="underline">FAÇON</span> de consommer prenne racine. C'est un procédé contre lequel l'être humain ne peut rien faire, autrement que ne pas être exposés à ces suggestions.<br /></li>

<li><p>Les médias sont spécialisés par génération. La presse, la télévision, les réseaux sociaux touchent une partie de la population différente. Au sein même d'un média, une grande segmentation existe et touche une cible précise.<br />
Chaque génération est en cela touchée par une doctrine de vie différente, opportuniste selon les intérêts immédiats ou passés du système.<br /></p></li>

<li>Un excellent moyen de garder une population obéissante est de la garder insatisfaite, en état de perpétuel désir pour quelque chose de nouveau sans que cela ne soit essentiel à son intégrité. Si la population est satisfaite, elle ne tolère pas le changement. En constant désir pour une nouvelle situation, un nouvel objet, un nouveau statut social, l'insatisfaction du moment est justifiée par le fait qu'elle sera réglée plus tard une fois le désir acquis. Ainsi, l'attention se porte ailleurs, sur un mouvement qui accompagne la direction du système industriel-technologique, notamment dans son besoin de consommation qui alimente sa croissance.<br /></li>

<li><p>Les réseaux sociaux ont parfaitement trouvés leur place dans le système industriel-technologique, d'où leur succès planétaire et la vitesse record de leur popularisation. C'est le signe qu'ils ont pris un rôle demandé par le système qui a permis <span class="underline">et</span> facilité leur diffusion, car l'outil allait dans son sens.<br />
Que la forme dominante des réseaux sociaux soit visuelles par l'image et la vidéo (YouTube, Instagram, Tiktok, Snapchat, Facebook&#x2026;) est à nouveau naturelle. Il ne pouvait pas en être autrement, mais l'évidence ne se révèle qu'une fois qu'elle est accomplie.<br /></p></li>

<li>Ce que permettent les réseaux sociaux est multiple : <b>ils ont cassé le rapport à l'imagination en montrant tout ce qui existe, à haute fréquence.</b> On entre dans le domaine de la <span class="underline">vitesse des interactions dans le système industriel-technologique</span>, et comment elles impactent l'individu.<br /></li>
</ol>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-orga5c8dcb" class="outline-2">
<h2 id="orga5c8dcb">Qu'est-ce que la vitesse des interactions ?</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-orga5c8dcb">
<ol class="org-ol">
<li value="42"><b>Je définis comme une interaction toute participation, active ou passive, avec l'ensemble des technologies de communication : les médias dont réseaux sociaux, emails, jeux, publicités&#x2026;</b><br />
Quelques exemples :<br />
<ul class="org-ul">
<li>Regarder une pub entre deux vidéos<br /></li>
<li>Voir la notification d'un nouveau mail entrant<br /></li>
<li>Regarder son téléphone<br /></li>
</ul></li>

<li><p>
La vitesse des interactions porte sur la <span class="underline">fréquence</span> et la <span class="underline">quantité</span> des interactions dans la vie quotidienne.<br />
</p>

<p>
Internet a augmenté la quantité d'informations reçues au cours d'une journée par la personne moyenne en augmentant la vitesse des interactions. Par l'omniprésence des médias dans le quotidien, la fréquence des interactions est extrêmement élevée, voire constante.<br />
</p>

<p>
Il n'y a plus de distinction entre notre vie réelle et le monde virtuel. Les deux ont fusionné.<br />
</p></li>

<li><p>
L'être humain est cognitivement limité dans sa capacité à traiter l'information.<br />
</p>

<p>
Plus on demande de l'attention à une personne, moins elle est capable d'en donner. À partir d'un point de <span class="underline">saturation</span>, plus il y a d'objets d'attention, plus la capacité d'attention disponible pour chacun de ces objets est réduite.<br />
</p>

<p>
En réaction, les objets d'attention diffusés par les médias raccourcissent ou se simplifient pour accomoder la capacité d'attention saturée des personnes. C'est simplement une réaction économique : si une méthode de communication voit ses retombées économiques baisser à cause de la baisse d'attention, les médias s'adaptent jusqu'à trouver un nouveau moyen de contourner le problème.<br />
</p>

<p>
La course au contenu le plus court est flagrante : l'émergence du <i>feed</i> algorithmique favorisant l'engagement, la popularisation de Tiktok sur des formats <i>catchy</i> et courts, les séries aux épisodes d'une minute hyper vitaminées, les livestreams chinois où des hôtes vendent des dizaines d'objets sur des systèmes d'enchères en direct en quelques secondes. Ce qui pouvait sembler extrême au départ se normalise au fil du temps.<br />
</p></li>

<li><p>
En répondant à une incitation marchande, c'est-à-dire en adaptant leur contenu pour être le plus largement consommable, les médias participent à priver l'individu de sa capacité de réflexion, et donc de sa capacité d'action <span class="underline">propre</span>.<br />
</p>

<p>
Si cela n'allait pas dans le sens du système, il réprimerait ce phénomène.<br />
</p>

<p>
Le succès moderne des franchises de super-héros est dans l'ère du temps. La vision binaire méchant / gentil convient à la simplification de la perception du monde. Il en va de même pour les séries visant une diffusion de masse conçues par les plateformes de streaming. Les réseaux sociaux encouragent la faiblesse d'opinion pour jouer sur la polarisation des opinions et favoriser l'engagement.<br />
</p></li>

<li>Plus globalement, l'abondance du choix dans les objets de consommation, les destinations de vacances, les relations, les achats font que chacun d'entre eux a moins d'importance. Chaque situation souffrira de la comparaison avec celles passées, ou dans l'attente des prochaines. Cette personne moyenne a perdu une part importante de sa capacité à vivre aujourd'hui, car elle attend davantage comment demain pourra résoudre ses irritants actuels.<br /></li>
</ol>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org53353a9" class="outline-2">
<h2 id="org53353a9">Tuer l'imagination pour la contrôler</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org53353a9">
<ol class="org-ol">
<li value="47"><p>
On vit dans la dictature de l'image. Tout est montré. Tout ce qui n'est pas montré n'existe pas.<br />
L'imagination se nourrit de l'absence d'activité, de la même façon que l'on encourage les enfants à jouer seul sans jouer pour stimuler leur imagination.<br />
</p>

<p>
<b>La consommation excessive d'images vient fortement dégrader la <span class="underline">capacité d'imagination</span> de la personne moyenne.</b><br />
Il n'est pas nécessaire d'être un consommateur actif de médias pour être en excès d'images : la personne moyenne l'est quoi qu'elle fasse dans son quotidien. La quantité quotidienne moyenne de publicité, de notifications, d'émissions, de bouche-à-oreille chaque jour suffit à saturer l'attention, et donc la capacité d'imagination.<br />
</p></li>

<li><p>
<b>La capacité d'imagination repose entièrement sur la capacité d'attention. Tuer l'attention, c'est empêcher la personne de pouvoir canaliser le temps suffisant pour penser à autre chose.</b> Avec les médias modernes, la personne moyenne a déjà tout vu. Tous les lieux où elle n'ira pas, tous les rêves qu'elle n'accomplira pas, toutes les rencontres qu'elle ne fera pas.<br />
Quand tout est montré, il n'y a rien besoin d'imaginer.<br />
</p>

<p>
On entend des pratiquants réguliers des réseaux sociaux parler de leur difficulté à lire un livre. Tout ce système médiatique est <span class="underline">conçu</span> pour leur dérober leur attention avec des contenus toujours plus addictifs pensés pour contourner toute résistance biologique.<br />
Ils sont les victimes d'un système conçu pour les emprisonner dans une pratique.<br />
</p></li>
<li>L'individu devient incapable de penser à autre chose que ce qu'il ne connaît déjà, parce que sa capacité d'attention et son imagination sont atrophiées. Il n'a plus besoin de s'en servir, car la technologie lui <span class="underline">fournit</span> une nouvelle imagination au travers de contenus visuels faibles en attention. C'est là le cœur du système : <b>en tuant l'imagination individuelle, le système la remplace par une imagination collective.</b> L'être humain en a besoin, et comble ce vide intérieur par la solution la plus simple à sa portée. Le système technologique fonctionne toujours selon cette méthode : <b>retirer pour remplacer par une solution sous son contrôle.</b><br /></li>
</ol>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org0e431b9" class="outline-2">
<h2 id="org0e431b9">Cas d'étude de la mort de l'imaginaire : la pornographie</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org0e431b9">
<ol class="org-ol">
<li value="50"><p>
Un exemple remarquable de ce phénomène est la pornographie. Elle n'a jamais été aussi populaire qu'aujourd'hui avec Internet. Mais ce qui est intéressant, c'est comment son usage s'est banalisé et décomplexé. À nouveau, sa diffusion publique est la marque qu'elle répond à un besoin du système.<br />
</p>

<p>
On pourrait arguer que le fantasme sexuel apporté par la pornographie, dans son amplification, vient remplir un besoin d'échapper aux limitations du réel. Elle permettrait de vivre par procuration une situation qui n'existerait pas. Sauf que le propre du fantasme, c'est bien son aspect irréel et intangible. Ce n'est pas du tout ce qui se produit aujourd'hui.<br />
<b>La pornographie n'est plus la fuite du réel vers le fantasme, mais précisément l'inverse : la fuite du fantasme <span class="underline">vers</span> le réel.</b><br />
</p></li>

<li>La pornographie n'a jamais eu autant d'influence sur la sexualité de la population qu'aujourd'hui. La pornographie n'acte pas des fantasmes partagés par un ensemble de personnes, elle les crée de toute pièce. Une part de plus en plus importante de la population est devenue incapable d'imaginer autre chose que ce qui est montré : sans attention, l'effort est devenu trop grand. La pornographie apporte une solution idéale, rapide, puissante au besoin de fantasme sexuel dont l'autonomie individuelle a été détruite par le système. C'est un faux choix : l'imagination devenue pénible et insatisfaisante ne fait pas le poids face au média calibré pour plaire. La technologie a détruit l'imagination sexuelle pour la remplacer par une solution technologique. La pornographie est devenue un <span class="underline">remplacement</span> pour une imagination atrophiée.<br /></li>

<li><p>En cela, l'individu devient incapable d'imaginer ce qu'on ne lui montre pas. L'individu soumis à la pornographie devient incapable de concevoir son propre désir et prend goût à la facilité du remplacement. Ses désirs sont ceux de la pornographie. Il est impuissant à contrôler sa propre vie et se soumet à la vision du désir poussée par le système.<br /></p></li>

<li>La nature du fantasme, de l'orientation sexuelle, de la rareté de la pratique n'importe pas. Un désir "original" n'est la marque d'aucune identité personnelle propre qui pourrait distinguer l'individu de la personne moyenne : si l'on consomme de la pornographie, cette position ne tient pas. Tous les fantasmes sont observables sur le même site, hétéro ou gay ou violent ou soft. Le même média montre les milliers de facettes de la même médaille. Peu importe le fétiche : deux consommateurs de pornographie sont semblables. <b>L'important est la <span class="underline">façon</span> dont ils consomment, pas ce qu'ils consomment</b>.<br /></li>

<li><p>Pour illustrer autrement comme le fantasme s'invite dans la réalité, il est intéressant de noter le parallèle avec certains influenceurs sur les réseaux sociaux qui, pour se construire une image "rêvée" (c'est-à-dire chez autrui, ça n'a aucun lien avec de l'imagination), louent de faux véhicules / villas pour simuler un train de vie qu'ils n'ont pas. Ils ont pornographiés leur vie en incarnant un fantasme qui n'est pas le leur. Ces gens-là sont piégés dans le rêve de quelqu'un d'autre.<br /></p></li>

<li><b>En résumé :</b> la conséquence de la pornographie, c'est la mort de l'imagination. Ce qui a déjà été vu dévore tout ce qui ne l'est pas encore. Impossible de penser à autre chose, dans la tyrannie de l'image et des médias. C'est la voie de facilité. Un cercle vicieux se crée : incapable de fantasme =&gt; retraite dans la réalité pour combler ce vide =&gt; pornographie  =&gt; fantasme facile créé de toute pièce dévorant l'imaginaire.<br />
Accepter la pornographie, c'est accepter <span class="underline">comment</span> désirer.<br /></li>
</ol>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org7c66e2f" class="outline-2">
<h2 id="org7c66e2f">L'Homme moderne est impuissant</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org7c66e2f">
<ol class="org-ol">
<li value="56">L'Homme moderne ne veut pas posséder de pouvoir sur sa propre existence. Il n'est pas intéressé par apprendre par lui-même et son indépendance d'esprit. Toujours dans un biais de facilité du quotidien, il est disponible pour que sa conduite soit dictée par la première autorité qui lui dira quoi faire, et quoi penser. Ici, il préfère déléguer la responsabilité de son quotidien à une autorité extérieure, l'État qui fait partie du système techno-industriel.<br /></li>

<li><p>Dans les sociétés mondialisées, l'être humain est habitué à être pris en charge par le système. C'est le système qui est responsable de sa vie en échange d'une maigre participation à son fonctionnement. Le seuil d'effort nécessaire pour avoir un minimum vital est très faible. Même la personne la plus limitée peut gagner un salaire dans un emploi qui ne lui demandera pas plus que de faire ce qu'on lui demande et se présenter à l'heure.<br /></p></li>

<li>L'influence du système industriel-technologique est silencieuse et ne s'observe pas directement si on ne la cherche pas. Elle est un entonnoir : elle donne l'illusion du choix, mais l'issue est déjà décidée. Chaque grain versé dans l'entonnoir du système aura eu l'impression d'avoir pu jouer dans l'espace qui lui était alloué, sans prendre conscience que l'issue est la même à chaque fois à partir du moment où l'on a accepté la <span class="underline">FAÇON</span> de vivre son rapport au monde, c'est-à-dire que ses désirs sont calibrés par les médias.<br /></li>

<li><p>Une fois la <span class="underline">façon</span> d'appréhender la réalité inculquée, l'Homme se réfère aux médias comme source de vérité. Si ce qu'on lui montre fait écho aux désirs qui lui ont déjà été suggérés, il peut y croire. La métacognition, la remise en question personnelle, le détachement des préconceptions n'est pas à la portée de la personne moyenne. Ce n'est pas non plus souhaité, car c'est un effort qui ne découle sur aucune récompense évidente et immédiate : par conséquent, il est préférable de rester sur des croyances simples permettant d'appréhender le monde. Ce n'est pas un jugement de valeur, mais une conséquence logique du réflexe d'efficience des comportements humains.<br /></p></li>

<li>La prédominance de l'information via des sources secondaires plutôt que des sources primaires est remarquable. Sur les réseaux sociaux, les anticapitalistes semblent tout connaître de la lutte des classes, mais probablement une infime minorité d'entre eux doit avoir lu Marx. Pourtant, ils sont tous convaincus d'être parfaitement informés au travers de sources secondaires, tertiaires, voire quaternaires qui prêtent des intentions à l'auteur du matériel original. En cela, ces personnes ne sont pas intéressées par comprendre l'auteur et se faire une opinion : elles sont à la recherche d'un narratif qui correspond à leurs croyances prédéfinies.<br />
Cette réflexion s'applique à toutes les formes de médias et d'idéologies.<br /></li>

<li><p>Une personne qui ne fait pas d'exercice physique est en déficit musculaire et devient physiquement limitée ; une personne qui n'aime pas ou n'a pas à réfléchir dans son quotidien devient incapable de se saisir de nuances.<br /></p></li>

<li>Dans nos sociétés mondialisées, l'individu utilise le savoir pour justifier son impuissance. Il est intéressant de noter combien l'individu moderne n'a jamais été autant informé de l'état du monde pour une emprise sur son quotidien la plus faible. La capacité d'action est la chasse gardée des forces de l'ordre, bras armé du système. Seuls eux ont le droit d'intervenir. L'individu est habitué à déléguer la résolution de tout problème aux forces de l'ordre, à l'entreprise ou à l'administration.<br /></li>

<li><p>La violence doit rester exclusive à l'État, qui fonde sa légitimité sur la force avec laquelle il peut faire plier l'individu qui ne se soumet pas à ses codes et à ses règles.<br /></p></li>

<li>La croyance que la violence n'a pas sa place dans la société moderne est le moyen de rendre l'individu impuissant en le reléguant à l'action indirecte par la communication de ses problèmes à l'autorité la plus proche. À nouveau, sa capacité d'action est <span class="underline">déléguée</span> à une autorité extérieure : il se soumet alors au jugement de cette autorité pour le bien-fondé de l'application de sa force. Elle n'est plus responsable des conséquences de ses actions, et n'a plus besoin de réfléchir à sa nécessité car il est pris en charge.<br />
Je ne fais pas l'apanage de la violence individuelle : je l'utilise comme exemple pour montrer comment aujourd'hui, l'individu ne peut plus intervenir par lui-même, et reste toujours soumis au jugement du système qui dicte sa conduite. La complexité des organisations modernes (État, entreprise, administration) fait que la responsabilité de l'action est diluée dans l'ensemble de l'organisation. L'individu est impuissant.<br /></li>
</ol>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org47b0712" class="outline-2">
<h2 id="org47b0712">L'influence du système sur l'individu ne peut-elle pas être bénéfique ?</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org47b0712">
<ol class="org-ol">
<li value="65"><p>
Les intérêts de la Société ne sont pas ceux de l'individu. <b>Le système n'agit qu'en son propre intérêt, il ne pense pas comme un homme mais comme un État.</b> L'humain n'est qu'une ressource pour perpétuer son règne.<br />
</p>

<p>
L'être humain doit être rendu docile, obéissant, consommateur, éduqué, désireux, suggérable. Il doit accepter que tout doit être vu par le spectre d'une autorité extérieure inquestionable et toute-puissante, au point que la réalité vécue ne puisse plus être remise en question. Le système va pousser doucement l'individu dans un certain nombre de voies types, avec des valeurs qui lui sont utiles ou tolérables.<br />
</p></li>

<li>Cette influence dessert profondément l'individu qui est éloigné de sa réalisation en tant que personne avec ses spécificités, ses rêves et ses aspirations propres. Là où chacun est différent, la Société va tendre à mouler d'une certain façon pour lisser les contours.<br /></li>

<li><p>Les personnes influencées par le système ne sont pas uniformes, loin de là. Simplement, leur façon de se construire, d'établir leurs repères, est identique. On ne parle pas du fond ou de la forme d'une personne, mais de <span class="underline">comment</span> ils se construisent.<br /></p></li>

<li>Certaines personnes ne voient pas de mal à être à la merci d'une volonté extérieure qui peut faire comme bon lui semble pour transformer leur quotidien. Nous disposons de suffisamment de recul sur l'incapacité des sociétés à ne pas dériver dans le temps pour savoir que même si aujourd'hui tout allait bien, il serait naïf de penser que ce sera toujours le cas. On ne tend pas le pistolet à un inconnu parce qu'il nous sourit.<br />
C'est une mentalité de <span class="underline">prévention</span>. Si la prévention est bien faite, ses conséquences sont invisibles et son utilité première est remise en question. On préfère toujours célébrer en héros le pompier plutôt que celui qui a arrêté le feu loin des yeux.<br /></li>

<li><p>La suggestion est invisible. Il est impossible de savoir si ses idées sont les siennes, ou si elles ont été soufflées par autrui. L'être humain est notoirement faillible dans le domaine de la mémoire. C'est le côté sournois du système : son influence ne se voit pas. C'est l'eau dans laquelle on baigne en tant que poissons. La population croit disposer de son libre-arbitre alors qu'elle est déjà conditionnée à choisir dans un terrain prédéfini.<br /></p></li>

<li>Vivre sans avoir conscience de la façon dont le système agit sur son quotidien, c'est être à la merci du système.<br />
Comprendre les leviers à l'œuvre, c'est gagner partiellement la <span class="underline">possibilité</span> d'accepter ou non de vivre les valeurs véhiculées par un système qui n'agit que dans son intéret mais détermine chaque facette du monde autour de nous. Ce n'est que partiel car il est impossible de comprendre toute l'étendue de l'influence du système techno-industriel.<br /></li>
</ol>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org9967598" class="outline-2">
<h2 id="org9967598">Briser le lien entre le corps et l'esprit</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org9967598">
<ol class="org-ol">
<li value="71">La société de services issue du système est dominée par le pan intellectuel. Il est intéressant de relever comment le quotidien va dans le sens de la passivité physique dans un quotidien de plus en plus inactif car "aidé" par la technologie, qui a privé l'Homme du besoin d'effort physique. Le corps est devenu superflu ; or, <b>le corps a toujours été la capacité d'action</b>. D'où son importance dans les forces de l'ordre et l'armée.<br /></li>

<li><p>Le corps a toujours complémenté l'esprit. Le ressenti instinctif brise le filtre intellectuel endoctriné par le système car il répond à l'intuition. Déconnecter l'esprit du corps, dominer le corps par l'intellect est important pour le système. Il subvient à ses besoins primitifs basiques en termes de nourriture, de confort, de sécurité, de sociabilisation. Le corps est pris en charge et n'a plus besoin de jouer son rôle dans la survie et l'intuition.<br /></p></li>

<li>Déconnecter le corps de l'esprit, c'est briser le lien de l'Homme aux plaisirs simples et à la Nature. Le dominer par l'esprit, c'est pouvoir le soumettre aux désirs créés et diffusés par le système : nourriture industrielle, bombardement médiatique, divertissements&#x2026; Les plaisirs simples de la Nature, le chant des oiseaux, la sensation du vent sur la peau, le recueillement devant un paysage ne participent pas au système. C'est un plaisir intimement individuel qui ne produit rien, donc qui est superflu. Préserver l'environnement n'est pas dans l'intérêt du système qui peut continuer à déraciner davantage l'Homme de son milieu. Une fois l'Homme déraciné, il lui proposera un substitut technologique dont il deviendra dépendant.<br /></li>

<li><p>L'artificialisation des milieux de vie, notamment les métropoles bétonnées isole encore plus l'Homme de ses racines primitives. Cela favorise la vulnérabilité de l'individu au système qui suggère directement à l'intellect. L'artificialisation des milieux de vie centre l'Homme uniquement sur lui-même, incapable de percevoir autre chose de plus grand, ou de différent via ses cinq sens. Elle réduit sa perception et par conséquent sa capacité de réflexion.<br /></p></li>

<li><p>
Il est intéressant d'observer comment la vue continue de s'imposer sur les autres sens. Tout doit être montré.<br />
Le goût des produits de l'agriculture et de l'élevage de masse perd de son goût ou la nourriture industrielle sature les papilles ; le toucher a perdu de son utilité, l'être humain moyen ne vivant plus que dans des atmosphères artificialisées, ne tolérant ni la pluie, le chaud, le froid ; l'audition reste sur sa fonction de communication, et la perte de la diversité de l'acoustique naturelle dans le monde du vivant continue de l'invisibiliser ; l'odorat dans les milieux artificialisés, parfums, déodorants est relégué à une fonction sociale.<br />
</p>

<p>
Réduire l'Homme à sa vue, c'est le réduire à une <span class="underline">façon</span> d'appréhender le monde. Maîtriser la communication visuelle, c'est contrôler la façon dont il se constitue.<br />
</p></li>
</ol>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org27b0a0a" class="outline-2">
<h2 id="org27b0a0a">Peut-on lutter contre le système ?</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org27b0a0a">
<ol class="org-ol">
<li value="76"><p>
Individuellement, l'homme ne vit pas assez longtemps et est trop changeant pour avoir une volonté claire contre une organisation à l'échelle et à la longévité du système industriel-technologique.<br />
Collectivement, il est à la merci de ses biais fondamentaux vers le confort, le besoin d'accomplissement, l'interaction sociale.<br />
</p>

<p>
Les transformations sociétales sont trop lentes pour être admissibles par l'esprit humain. À la fois car le système est une machine gigantesque dont chaque partie mobile doit bouger de son propre chef, et à la fois car il ne pourrait pas en être autrement pour ne pas froisser l'Homme dont la résistance au changement est toujours forte. Propager de nouveaux modèles de sociétés sur une durée suffisamment longue permet de rendre peu à peu acceptable l'intolérable d'hier. La transition sera douce, et surtout semblera naturelle. Les changements doivent sembler inévitables pour ne pas être questionnés.<br />
</p></li>

<li>Le système est comme une hydre : couper une seule de ses têtes ne suffit pas car elle repoussera. Détruire les moyens de transports sans détruire l'industrie, c'est permettre leur réapparition à terme, et le status quo revenir. Passer du capitalisme à un autre système politique / économique n'endiguera pas sa diffusion, qui ne peut pas être contrôlée. La population n'abandonnera pas sa vie actuelle pour un confort en tout point inférieur au nom d'un risque futur, donc inexistant pour elle. Légiférer sur les usages de la technologie est impossible, car prendre du retard sur ses voisins est catastrophique pour un pays, qui ne vit pas pour une idéologie.<br />
Un effondrement total et brutal du système est le seul moyen de le détruire. Cependant, rien ne garantit qu'à terme il ne soit pas reproduit à l'identique depuis ses cendres<br /></li>

<li><p>
Un système alternatif, pensé par l'être humain, est voué à l'échec sans détruire la technologie moderne.<br />
</p>

<p>
Les doctrines fondées sur la confiance ne tiennent pas dans le temps, car il suffit d'une seule personne avec un attrait pour le pouvoir pour bouleverser cet équilibre. Sur des dizaines d'années, ce n'est pas une question de si ces personnes vont naître, c'est une question de quand.<br />
</p>

<p>
Une dictature "pour le bien de tous" reste à la merci de la nature humaine. Même bien intentionnés, des monarques éclairés doivent se reposer pour des individus moins scrupuleux ou moralement droits pour gouverner. Des monarques éclairés sont mortels. La concentration du pouvoir attire toujours les individus avec un appétit pour. Même bien intentionnées, les convictions se transforment, se déforment, sont influencées, et les bonnes idées d'hier deviennent le cauchemar d'aujourd'hui.<br />
</p>

<p>
La seule solution est d'empêcher l'Homme de retrouver le degré de développement technologique actuel par son environnement. Vivre sans développement technologique ne doit pas être un choix, mais une obligation imposée par le milieu de vie. Si l'être humain a le choix, il choisira la facilité.<br />
</p></li>
</ol>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org705190f" class="outline-2">
<h2 id="org705190f">Comment retrouver une indépendance d'esprit ? Une capacité d'action ?</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org705190f">
<ol class="org-ol">
<li value="79"><b>C'est impossible.</b> Le système industriel-technologique va continuer de resserrer son étreinte autour de l'Homme jusqu'à ce qu'il soit totalement dépendant de lui, sur tous les plans. Il détruira les vies et l'environnement aussi longtemps qu'elle existera car il est <span class="underline">incapable</span> de faire autrement. Le système technologique est par nature hégémonique. Il se diffuse partout où il le peut pour alimenter sa croissance. En cela, l'individu restera toujours soumis à son influence, car l'être humain n'est capable psychologiquement de faire face à une organisation de cette ampleur.<br /></li>

<li><p>Vouloir se libérer totalement des contraintes extérieures est un souhait vain. Nous sommes continuellement soumis à notre environnement de la même manière que le système évolue dans le sien. Toutefois, reconnaître les leviers à l'œuvre autour de soi est le premier moyen pour comprendre comment notre comportement peut s'être conformé à ce qui était attendu de nous. Une fois cette réalisation faite, on peut s'interroger si cette situation nous convient ou non.<br /></p></li>

<li><p>
La mesure la plus concrète est d'adopter une hygiène de vie saine par rapport à son utilisation de la technologie. Cela doit être un choix informé plutôt qu'une activité "par défaut" encouragée par le système en place.<br />
</p>

<p>
<b>Une hygiène technologique saine consiste à utiliser la technologie dans un but, et non pas pour combler un vide (par exemple, l'ennui).</b><br />
Si l'ouverture d'un téléphone, la consultation de l'actualité, le visionnage d'une vidéo a dès le départ une volonté affirmée, l'esprit critique est forcément mis à l'emploi pour faire le tri et écarter ce qui ne correspond pas à ce qui est attendu. La capacité d'attention est travaillée dans cet état d'esprit.<br />
</p>

<p>
Une personne "à la recherche de" divertissement erre sans but dans l'attente que quelque chose saisisse son attention. Sa capacité d'attention n'est pas utilisée, car elle attend de recevoir un objet d'attention que la satisfera. C'est la <span class="underline">passivité</span> qui prime : il n'est pas étonnant qu'il s'agisse précisément du mode de fonctionnement des <i>feeds</i> algorithmiques poussées par les réseaux sociaux. Un consommateur passif est impuissant, suggestible, et manipulable.<br />
</p>

<p>
Une personne qui souhaite "s'informer sur l'actualité" n'est pas à la recherche de compréhension du monde, elle est à la recherche d'un narratif qui lui expliquera quoi croire. Le succès des chaînes d'information 24h/24 est révélateur de cette pêche à l'information qui n'a aucun objectif concret, et qui est capable de piéger le spectateur longtemps. Nombre de personnes ont passé des années à éplucher chaque jour l'actualité mondiale, mais ne comprennent toujours pas mieux le sens des conflits.<br />
</p></li>

<li><p>
La personne moyenne est piégée par son environnement et son entourage. La capacité à développer et à vivre une indépendance d'esprit est inégalement répartie parmi la population. Même avec la volonté de s'affranchir des carcans sociaux, l'endoctrinement profond ne peut que difficilement être dépassé. Tout le monde n'est pas sur un terrain d'égalité pour réfléchir, mais tout le monde peut faire un pas dans cette direction.<br />
</p>

<p>
Il est intéressant de noter comment la passivité généralisée encouragée par la prise en charge de la population par les sociétés développées et la consommation massive de médias tend toute entière à développer une forme de laisser-aller délétère généralisé.<br />
</p></li>

<li>C'est avant tout un choix personnel avec lequel il faut être en accord avec soi-même que chacun est libre de faire. Il n'y aucun mal à ne rien changer à sa consommation de technologie et de médias une fois même après avoir pris conscience de la façon dont elle peut influencer sa vie sans que l'on ne soit capable de s'en rendre compte.<br /></li>

<li><p>Contrôler la vitesse des interactions de son quotidien consiste à régulièrement :<br />
<ol class="org-ol">
<li>Faire un bilan de son temps d'écran et des usages auquel il est accordé <span class="underline">sans se mentir</span><br /></li>
<li>Faire un point de situation de ses aspirations personnelles et ce qui est nécessaire à leur accomplissement. Dresser pour chacune d'entre elle une à deux actions concrètes pour avancer en ce but.<br /></li>
<li>Déterminer si les usages et le temps d'écran correspondent à ce que l'on souhaite pour soi.<br /></li>
<li>Ajuster son quotidien selon les conclusions de l'étape 3, afin que la technologie serve un <span class="underline">but personnel</span>, plutôt qu'être un trou noir infini d'attention. Trier ses activités, réduire voire supprimer les gouffres de temps s'ils ne correspondent pas ou plus à la personne que l'on est aujourd'hui. Dégager du temps pour de nouvelles activités ou non-activités.<br /></li>
</ol><p></li>
</ol>


<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org0779f4a" class="outline-2">
<h2 id="org0779f4a">Inspirations</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org0779f4a">
<ul class="org-ul">
<li><p>
<b>Ted Kaczynski, Industrial Society and Its Future (1995)</b><br />
</p>

<p>
Personnage controversé, terroriste de son vivant au nom de son idéologie que le système industriel-technologique est une catastrophe pour l'humanité. La médiatisation de ses actes a été son moyen de diffuser ses idées, dont ce manifeste anti-technologie dont je partage de nombreux points communs dans la réflexion. Selon lui, la mort de quelques personnes n'était rien face à l'inéluctable qui détruira des milliards de personnes si rien n'est fait.<br />
</p>

<p>
Son texte est remarquablement clair, son focus se tournant plutôt vers l'idéologie progressiste qu'il diagnostique comme une affliction moderne issue de la privation de l'être humain de ses moyens d'accomplissement. Son anticipation des phénomènes modernes au moment où il a écrit le texte est brillante. Il prône une destruction totale du système technologique, pour revenir à un stade technologique qui ne dépasserait pas ce que plusieurs milliers d'habitants (= quelques villages) pourraient construire ensemble.<br />
Contrairement à lui, je ne pense pas que le système peut s'effondrer, donc je m'intéresse plutôt à comment bien vivre en son sein.<br />
</p></li>

<li><p>
<b>Edward Teach, Sadly Porn (2021)</b><br />
</p>

<p>
Auteur controversé. Un livre indescriptible écrit d'une façon ouvertement hostile, faite pour écrémer les lecteurs au fil de ses pages. Très difficile à lire et à comprendre, mais c'est l'oeuvre la plus incroyable que j'ai lue sur les rapports humains. L'auteur est aigri de l'être humain, ne croit pas en l'amour et démonte tous les jeux sociaux utilisés pour justifier les comportements.<br />
Je ne peux conseiller ce livre à personne. C'est une lecture absurdement difficile à suivre. Les notes de bas de page durent 15 pages. Le livre ouvre sur une fiction érotique de 30 pages pour illustrer un point de l'auteur sur la justification psychologique de l'adultère. L'auteur part en tangentes obsessives sur des détails semblants insignifiants de l'Histoire ou d'œuvres diverses.<br />
</p>

<p>
Il est clairvoyant sur les jeux sociaux pour justifier les incapacités d'actions derrière une raison, c'est-à-dire le savoir. L'opposition omnipotence (toute puissance) vs. omniscience (tout savoir) est un élément central de son œuvre. J'élargis son champ d'étude aux mécanismes de conditionnement sociétaux. Son développement est plus riche et détaillé que le mien, et sur une dynamique sociale encore différente. Mes réflexions sur la pornographie sont nourries par lui.<br />
</p>

<p>
Edward Teach est un nom d'emprunt, ce n'est pas très clair qui est derrière l'ouvrage. À ma connaissance, c'est également l'auteur derrière <a href="https://thelastpsychiatrist.com/">The Last Psychatrist</a>, site qui n'est plus actif.<br />
</p></li>

<li><p>
<b>Sun &amp; Steel, Yukio Mishima (1968)</b><br />
</p>

<p>
Personnage controversé. Intellectuel japonais avec un nationalisme profond. D'abord auteur littéraire ayant rencontré le succès, il a embrassé le bodybuilding dans sa vie. Dans cette œuvre, il fait lien entre muscles et philosophie, qui n'est pas évident. Son travail est profondément introspectif. Selon lui, la société place trop d'emphase sur l'intellectualité. Il pensait qu'en tant qu'auteur ses mots sont abstraits, là où le physique est ancré dans la réalité. En cela, le corps et l'abstrait, entraînés ensemble, se complètent pour atteindre une forme plus grande de dépassement de soi.<br />
</p>

<p>
Mishima pensait que la véritable satisfaction venait de ce lien entre penser et faire. Pour que ses mots aient la moindre importance, il faut les vivre soi-même. Pour Mishima, les mots lui sont venus en premier, il accueille cette nouvelle sagesse comme une nouvelle langue : le langage de la chair.<br />
</p>

<p>
Le corps-esprit est capable de sa propre logique. Comprendre ses limites, ses capacités, sa fatigue est une connaissance de soi ressentie, non apprise. Avec ce savoir incarné, c'est une sagesse pratique, concrète, qui se développe autour de ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.<br />
Quiconque atteint un certain niveau en musculation apprend à aimer la douleur qu'elle apporte. C'est un test de résistance, de force, de volonté. Mishima pense que la douleur est utile, car elle révèle nos faiblesses et notre vulnérabilité. Elle nous force à nous connaître et à nous comprendre, car elle révèle ce qui nous constitue profondément. Chacun peut se voiler la face tant qu'il n'a pas réellement souffert. La douleur forme à la conscience de soi et à l'introspection.<br />
</p>

<p>
Je pense que l'équilibre en tout est l'un des plus grands buts à atteindre pour bien vivre : le développement du corps comme de l'esprit en fait partie. Se confronter au réel et à soi-même me semble souvent manquer parmi les personnes autour de moi. S'ancrer dans le réel, proposer des actions réalisables, être en mouvement me semble être difficile dans mon entourage. J'observe beaucoup d'insatisfactions autour de moi, mais sans propositions pour les résoudre, ou avec des propositions inutiles car de purs exercices de pensée. Sagesse parentale : <i>"La tête et les jambes"</i>.<br />
</p></li>
</ul>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org43ed499" class="outline-2">
<h2 id="org43ed499">FAQ</h2>
<div class="outline-text-2" id="text-org43ed499">
</div>
<div id="outline-container-org1fd62ce" class="outline-3">
<h3 id="org1fd62ce">L'auteur a-t-il un problème avec l'autorité ?</h3>
<div class="outline-text-3" id="text-org1fd62ce">
<p>
Je ne suis pas anarchiste et je n'ai pas de problème avec l'autorité. Si le sujet vous a traversé l'esprit, c'est peut-être reflet d'un conditionnement à l'autorité. Tout ce qui la rejette entre par défaut dans l'extrémisme, alors que c'est une position comme une autre (qui je l'admets, est souvent adoptée par des personnes aux idées que je trouve souvent moi-même douteuses).<br />
</p>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org9629e23" class="outline-3">
<h3 id="org9629e23">Si le système n'a pas de volonté propre, comment expliquer que l'ensemble d'une population se comporte de la même façon si personne ne la force à se comporter ainsi ?</h3>
<div class="outline-text-3" id="text-org9629e23">
<p>
L'analyse des phénomènes de foules est intéressant pour sentir le sujet. C'est une combinaison de mimétisme social, de culture commune à différentes échelles, de modes.<br />
<a href="https://youtu.be/Y-1qLR2w60M?si=mUc4YZzXY7En9zYZ">Fouloscopie sur YouTube a une vidéo intéressante sur le sujet</a>, qui expliquera certains mécanismes bien mieux que moi.<br />
</p>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-orgac029fc" class="outline-3">
<h3 id="orgac029fc">Est-ce un mal de se laisser porter par les rêves du système si l'on vit mieux avec ces nouveaux rêves qu'avant ?</h3>
<div class="outline-text-3" id="text-orgac029fc">
<p>
À ce jeu-là, peut-être qu'il voudrait donner tout son argent à la société pour qu'elle le dépense à sa place, pour son propre bien.<br />
</p>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org52984a7" class="outline-3">
<h3 id="org52984a7">Est-ce vraiment la pornographie qui façonne les pratiques sexuelles ou l'inverse  ?</h3>
<div class="outline-text-3" id="text-org52984a7">
<p>
La consommation de pornographie n'a <span class="underline">JAMAIS</span> été aussi élevée qu'aujourd'hui dû à Internet. Et sa consommation commence dès la primaire maintenant. Le mot "consommation" utilisé maintenant décrire l'exposition à la pornographie est intéressant, et range la pornographie au rang de besoin au même titre que manger ou se divertir.<br />
</p>

<p>
Est-ce que ça voudrait dire que l'Homme moderne baise beaucoup plus que ses ancêtres ? À la vue de l'Histoire et du nombre de bordels à toutes les époques, j'en doute.<br />
</p>

<p>
Est-ce que ça voudrait dire que l'augmentation de l'utilisation de la pornographie est symptomatique d'un manque d'intimité physique et qu'elle vient combler ce vide laissé par l'éclatement des communautés ?<br />
Peut-être.<br />
</p>

<p>
Néanmoins, les statistiques des pratiques sexuelles montrent bien le lien entre pornographie et certaines pratiques "nouvelles" à la mode dans les contenus pornographiques, ou les médias en général. Cela s'applique à aujourd'hui autant que par tranche passée de 10 ans depuis l'apparition de la télévision.<br />
</p>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org4239253" class="outline-3">
<h3 id="org4239253">Quelle est la vision personnelle de l'auteur ?</h3>
<div class="outline-text-3" id="text-org4239253">
<p>
Je pense l'être humain moralement faible et influençable. Notre force en tant qu'Homme vient de notre masse tout ensemble qui vient lisser les imperfections de chacun. Contrôler la masse, c'est contrôler l'Homme individuellement.<br />
</p>

<p>
Je ne me considère pas pessimiste, mais réaliste. Si l'être humain à une incitation profonde vers la facilité, une masse d'être humain se définira <span class="underline">toujours</span> pas rapport à ça. Le collectif est la moyenne de ses individus. Je pense qu'il s'agit d'une problématique d'échelle. La taille de nos sociétés modernes ne permet plus à l'individu de trouver du sens et de l'impact dans ses quotidiens. La prévalence des affections mentales dans les sociétés "développées" par rapport aux pays en voie de "développement" en est un des signes les plus significatifs. Dans la perte de sens individuelle, la perte de sens du collectif, le déracinement à notre environnement primitif, les besoins de survie sont satisfaits, mais pas les besoins fondamentaux de sens et de contrôle sur nos vies.<br />
</p>

<p>
Je ne trouve pas de noblesse particulière à la vie humaine par rapport au reste de la nature, nous ne sommes qu'une espèce parmi d'autres. Le jusqu'au-boutisme de la sacralisation de la vie humaine me semble également la source de nombreuses dérives et négligences concernant le monde du vivant autour de nous. J'accorde beaucoup d'importance au monde du vivant et à notre place au milieu de celui-ci.<br />
</p>

<p>
À mon sens, c'est un devoir moral que de cultiver ce qui nous rend unique, et d'exploiter les dons qui nous sont propres. Ne pas se laisser détourner de son chemin et de soi-même. Vivre <span class="underline">ses</span> rêves.<br />
</p>

<p>
J'accorde la plus grande importance dans ma vie personnelle et mes relations à l'indépendance d'esprit. C'est à mon sens la garantie du travail constant de l'alignement de l'individu avec ses valeurs. Une personne indépendante d'esprit qui déclare quelque chose est la garantie que cette chose est réfléchie et vraie. C'est un gage de confiance.<br />
Sans indépendance d'esprit, l'individu est soumis à son environnement. Il n'est qu'une façade au travers de laquelle son milieu s'exprime. C'est une boisson diluée dans plus ou moins d'eau : j'ai envie de goûter à la richesse d'origine, dont je peux sentir le potentiel.<br />
</p>

<p>
J'ai d'importants biais personnels qui s'expriment au travers de cette pièce. J'ai naturellement une forte indépendance personnelle poussée par des spécificités intellectuelles propres. Ces dernières m'ont obligées à affirmer cette indépendance sans quoi j'aurais souffert de ma propre existence, ce qui a été le cas.<br />
Mes spécificités intellectuelles et ma façon de vivre les choses (cf. <a href="https://existential-chris.com/anatomie-dun-cerveau-tout-en-vitesse">Anatomie d'un cerveau tout en vitesse</a>) font que je ressens pleinement mon propre développement personnel, et je peux observer celui des personnes autour de moi. Leurs gestes et leurs paroles les trahissent. J'ai une idée de ce dont elles ont besoin pour grandir : dans la grande majorité des cas, une plus grande indépendance d'esprit me semblerait leur permettre de se recentrer sur elles-mêmes, de comprendre ce dont elles ont besoin, et inconsciemment leur vie s'alignerait naturellement avec leur bien-être une fois la réalisation faite. On ne peut rien apprendre à qui que ce soit, les leçons doivent être apprises soi-même.<br />
</p>

<p>
À mon sens, il faut avant tout bien vivre. Je n'ai pas de moteur idéologique qui dépasse l'individu et demande un sacrifice personnel. Je ne serai jamais un terroriste au nom de mes idées. Si tout le monde était comme moi, le monde ne changerait pas. Chacun vit sa vie à sa façon, quelles que soient ses valeurs. Je n'ai aucun jugement à porter sur l'existence de chacun, ce qui ne m'empêche pas de les observer avec curiosité. Le monde est complexe.<br />
</p>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org02d0ebd" class="outline-3">
<h3 id="org02d0ebd">Le système penche-t-il vers une dérive totalitaire ?</h3>
<div class="outline-text-3" id="text-org02d0ebd">
<p>
Un système à large échelle n'est pas bienveillant. Si l'Homme a un outil à sa disposition, il <span class="underline">va</span> s'en servir. Nous vivons aujourd'hui dans une économie extrême de l'attention sur tous les médias qui s'arrachent notre temps de cerveau. Tout ne tourne qu'autour de la publicité et du marketing.<br />
</p>

<p>
Entre une dictature et une démocratie, le résultat est le même : la technologie est utilisée comme outil de surveillance et de contrôle de masse de la population. Elle s'immisce dans la vie privée de chacun. Les gens ne sont pas gênés par ce contrôle car ils ne peuvent pas le toucher dans leur quotidien. S'ils étaient suivi en permanence par une équipe de cinq caméramen chez eux, ça serait une tout autre histoire.<br />
</p>

<p>
La technologie à son habitude est le bras armé du contrôle. Les publicitaires et les gouvernements veulent construire un profil de chaque personne pour que chacun soit parfaitement catégorisé, identifiable, maîtrisable. Ces données, une fois créées, ne disparaîtront plus. Elles seront en attente de la prochaine dérive totalitaire ou de surveillance de masse qui continuera à avancer dans nos vies.<br />
</p>

<p>
En ce sens, je pense en effet que des formes de contrôle totalitaire se diffusent, sans pour autant que les sociétés le soient. Cependant, cela pose les bases d'un contrôle puissant de la société si un régime réellement totalitaire devait prendre le pouvoir, ce qui est un risque énorme.<br />
</p>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>

<div id="outline-container-org1218a50" class="outline-3">
<h3 id="org1218a50">Quelle serait une alternative éducative souhaitable pour l'être humain ?</h3>
<div class="outline-text-3" id="text-org1218a50">
<p>
On entre dans le domaine de l'éthique, donc naturellement, tout est opinion.<br />
</p>

<p>
J'ai un biais énorme sur le fait d'accepter les spécificités personnelles humaines et de développer son potentiel propre, car c'est là que je trouve ma richesse et mes difficultés. Or, ce n'est pas le cas de tout le monde. Également, j'ai souffert du système scolaire, donc je l'observe d'un point de vue négatif sans nier tout ce qu'il m'a inculqué et comment il m'a permis de m'intégrer en société.<br />
</p>

<p>
Peut-être que le système éducatif actuel, qui vient borner les élèves, leur poser un cadre autoritaire, est en réalité souhaitable et le fruit d'une longue sélection naturelle également. Il est fortement probable que la part majoritaire de la population s'épanouisse mieux dans un système fermé où on lui dit quoi faire, plutôt qu'une utopie éducative permettant le développement de soi, chacun à son échelle, mais au prix d'une liberté qui peut être anxiogène. Je pense que tout le monde n'est pas capable de se diriger soi-même, mais qu'un milieu serait souhaitable pour permettre à ces personnes en manque d'indépendance de soi d'avoir un minimum souhaitable pour mieux vivre.<br />
</p>

<p>
Je reste dans une grande abstraction car je sais que de tels systèmes de se pensent pas, ils se bâtissent au fil du temps. Ils sont trop complexes pour être tenus avec toutes leurs subtilités dans un seul esprit. Également, la création de ce genre d'abstractions ne m'intéresse pas.<br />
</p>

<p>
<br />
</p>
</div>
</div>
</div>]]></content><author><name>Chris</name></author><category term="Blog" /><summary type="html"><![CDATA[Dissection de la façon la technologie façonne notre quotidien]]></summary><media:thumbnail xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/" url="/hide_the_pain_harold.webp" /><media:content medium="image" url="/hide_the_pain_harold.webp" xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/" /></entry><entry><title type="html">D’abord les jambes, ensuite la tête</title><link href="/dabord_les_jambes_ensuite_la_tete" rel="alternate" type="text/html" title="D’abord les jambes, ensuite la tête" /><published>2024-07-27T00:00:00+00:00</published><updated>2024-07-27T00:00:00+00:00</updated><id>/dabord_les_jambes_ensuite_la_tete</id><content type="html" xml:base="/dabord_les_jambes_ensuite_la_tete"><![CDATA[<p>
<i>Vitesse des interactions en société - Diagramme de réflexion de l'impact de l'augmentation de la vitesse des échanges et l'incitation à retirer la capacité d'agir à la population pour perpétuer une société technologique</i>
</p>

<hr />

<p>
Je me suis toujours pensé intellectuel. Que mon décalage avec le monde donnait à mes pensées une saveur unique qui méritait d'être goûtée. Finalement, que moi-même, à travers elles, je méritais d'être goûté, aussi.
</p>

<p>
Je voulais écrire un long texte argumentatif sur la place du contrôle dans ma vie, l'impact de la société moderne sur nos vies. J'essaie différentes choses, j'ai pris mon dictaphone pour dire ma pensée, et essayer de l'étayer de façon plus organique.
</p>

<p>
Mais ça ne fonctionne pas. Moi-même quand je relis mes transcriptions audio, je n'aime pas ce que je lis. Ça ne m'intéresse pas moi-même. Surtout à l'oral, tout ce que je dis ne colle pas, ça n'a pas d'impact. Rien n'est percutant. Je n'aimerais pas lire ce que je dis, ou ce que j'écris. À vouloir trop en faire, je n'ai ni la subtilité que je souhaiterais dans l'explication, ni la trace que j'aimerais laisser dans mes mots. Pour autant, sur ce qui touche à l'humain, je m'y sens bien, dans mes duretés comme mes douceurs. Je pense aussi qu'être incapable d'expliquer un sujet simplement, c'est généralement qu'on ne l'a pas encore bien compris.
</p>

<p>
Peut-être que je ne suis simplement pas un penseur. Je crois que je n'ai rien à dire. Je n'en suis pas capable, et ça ne m'intéresse pas moi-même. Mais cette inertie de mon enfance, dans le fait d'être bon élève de prouver une supériorité intellectuelle, de devoir me prouver à travers les autres que je mérite d'être entendu, ne me quitte pas. Elle me colle à la peau. J'aimerais me sentir suffisant tel que je suis, mais ce n'est pas le cas. Je suis à la merci de mon auditoire fantôme qui n'est en réalité que mes yeux sur moi-même. Je n'attends pas de validation extérieure, mais j'aimerais être à la hauteur de ce que j'envisage pour moi-même.
</p>

<p>
Objectivement, je sais que ce n'est pas le cas, mais subjectivement, je n'y arrive pas. Si l'on m'entendait dans la vie de tous les jours, on ne reconnaîtrait pas ce que j'écris ici. Ma vulnérabilité est là, dans cette angoisse dans le fait de parler de moi. La solitude, c'est peut-être aussi une façon d'éviter cet inconfort-là. Je crois que je dois arrêter d'expliquer quoi que ce soit, ou le faire avec parcimonie. Peut-être y revenir plus tard. Mais ma sensibilité semble dévorer tout le reste. La fraîcheur de la logique me ressemble de moins en moins. Je crois atteindre un mur. Je dois faire les choses différemment. Je n'ai pas besoin d'hyperboles, ou de longues phrases pour expliquer un concept. Rester sur le plus simple, avec des mots simples. Rien besoin de prouver. Aller à l'essentiel, même si c'est parfois frustrant.
</p>

<p>
Cette conclusion ne me surprend pas non plus. Tous les auteurs qui m'ont saisis sont doués d'une grande sensibilité, à fleur de peau parfois. Thomas Mann, Hermann Hesse, Stefan Zweig. Je suis toujours attiré par ça, dans les livres, dans la vie aussi. Je ne peux pas vivre avec quelqu'un qui ne comprend pas ce qu'il vit.
</p>

<p>
Me dire que je n'essaierai plus de pousser dans cette direction&#x2026; me soulage. Cet effort nerveux que je me force à faire n'est pas évident dans l'action, mais se ressent par son absence. Je dois juste aller vers ce qui me semble juste, sur l'instant.
</p>

<p>
Je suis dans le doute concernant mes envies de partage, mon audience inexistante dont je subis le regard fantôme. Plus je parle de mes arêtes tranchantes, plus je sais être clivant, et toucher du doigt les réactions que j'aimerais entendre. Mais ce côté droit au but est difficile à atteindre avec la subtilité que j'aimerais avoir.
</p>

<p>
Une amie s'est décrit comme "émotionnellement gourmande", terme que j'aime beaucoup. Je l'emprunte pour me décrire, maintenant. Si je ne mange pas, je m'atrophie, je m'attriste, et je lutte contre des ennemis qui n'existent pas. Je parle de mon expérience dans l'espoir que moi il y a 10 ans puisse tomber sur ce que j'écris. J'aurais aimé pouvoir lire que quelqu'un comme moi existe. Ne pas être seul dans mes difficultés. Pour enfin recevoir de l'aide, même d'un étranger. Surtout d'un étranger.
</p>]]></content><author><name>Chris</name></author><category term="Blog" /><summary type="html"><![CDATA[Perdre ses valises pour se recentrer sur l'essentiel.]]></summary><media:thumbnail xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/" url="/2024-07-27T11.46.22_screenshot_kinopio_vitesse_des_interactions.png" /><media:content medium="image" url="/2024-07-27T11.46.22_screenshot_kinopio_vitesse_des_interactions.png" xmlns:media="http://search.yahoo.com/mrss/" /></entry></feed>